Le secteur du bâtiment togolais génère des emplois, attire des investissements et transforme le visage des villes. Mais derrière cette effervescence, un paradoxe inquiète les professionnels du secteur. La main-d’œuvre locale peine à être formée, valorisée et retenue. C’est précisément cette réalité que la toute première édition de la Conférence sur l’immobilier en Afrique (CIA 2026) a choisi d’affronter, le 13 mai 2026 à Lomé.
Ce mercredi matin, les participants arrivaient en nombre dans la salle de conférence de l’IFAD-Bâtiment de Lomé. Professionnels du bâtiment, formateurs, représentants institutionnels, architectes et ingénieurs : l’accueil chaleureux des hôtesses donnait d’emblée le ton d’un événement soigneusement préparé.
L’engouement était visible dès l’ouverture. Placée sous le haut patronage du ministère togolais de l’Aménagement du territoire et de l’urbanisme, la Conférence sur l’immobilier en Afrique (CIA 2026), co-organisée par African Business Immo et le Project Management Institute Togo, a réuni ce que le secteur compte de plus représentatif.
Les délégués du ministère des Travaux publics et du ministère de l’Éducation côtoyaient la DGA de l’AED, le DG de l’IFAD-Bâtiment, le président de l’ANAIT, le conseiller du conseiller de Faure Essozimna Gnassigbe, Président du Conseil, Naim Mérimèche. Un parterre qui donnait au débat une légitimité rare pour un premier rendez-vous.
Un secteur qui avance, des hommes qui partent

Le thème choisi pour cette première édition de la Conférence sur l’immobilier en Afrique (CIA 2026) était direct, presque clinique : « Conserver la main-d’œuvre locale ». Derrière cette formule, une réalité que les professionnels du bâtiment togolais connaissent bien. Le secteur recrute, forme, encadre. Puis il regarde partir.
Antoine Katabale, directeur général de l’IFAD-Bâtiment d’Adidogomé, a ouvert les débats avec une formule qui circulait encore dans les conversations à la pause déjeuner : « Quand le bâtiment va, tout va. Cependant, le bâtiment ne serait mieux allé que si la main-d’œuvre est utilement formée. » Une phrase courte, mais qui dit beaucoup. Car au Togo comme dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, le secteur du BTP souffre d’un double problème : une formation souvent déconnectée des réalités du chantier, et une incapacité à retenir les profils qu’il a lui-même contribué à construire.
La fondatrice d’African Business Immo et cheville ouvrière de l’événement a posé le diagnostic avec une franchise qui a visiblement touché la salle. « Nous sommes réunis pour parler de l’humain derrière l’immobilier. Parce qu’un secteur ne se développe pas seulement avec des plans. Un secteur se développe avec des compétences, avec des talents, avec des jeunes préparés, avec des femmes valorisées, avec des professionnels engagés », a déclaré Lorraine Ekue.
La promotrice de la Conférence sur l’immobilier en Afrique (CIA 2026) a conclu sur une formule qui résumait l’esprit de toute la journée. « La main-d’œuvre locale n’est pas un simple besoin de chantier. Elle est un capital stratégique pour le développement de tout pays », a-t-elle précisé.
Deux panels ont structuré les échanges. Le premier s’est penché sur la valorisation de la main-d’œuvre locale. Les intervenants ont soulevé des dysfonctionnements que beaucoup connaissaient, mais que peu avaient eu l’occasion de formuler dans un cadre aussi institutionnel.
Premier constat : les programmes de formation initiale ne collent pas toujours aux besoins réels des chantiers. Un technicien sort diplômé sans avoir jamais tenu un planning de chantier sérieux. Un jeune ingénieur arrive sur le terrain sans avoir été exposé aux contraintes réelles de la sous-traitance, du foncier, des délais ou de la relation client. Ce fossé entre la salle de cours et le sol du chantier coûte cher aux entreprises comme aux travailleurs eux-mêmes.
Deuxième constat : l’orientation professionnelle vers les métiers du BTP reste insuffisante dès le secondaire. Dans un pays où l’immobilier est en pleine expansion, les filières techniques peinent encore à attirer les meilleurs profils. Les problèmes de financement et les questions de qualité dans la finition des ouvrages complètent un tableau qui appelle des réponses structurelles, pas des rustines.
La fuite des compétences : un exode silencieux touché du doigt par la Conférence sur l’immobilier en Afrique (CIA 2026)

Le second panel a abordé l’un des sujets les plus sensibles de la journée : pourquoi les professionnels qualifiés quittent-ils le secteur, ou quittent-ils le pays ?
Les réponses sont multiples. Les salaires dans le BTP togolais restent peu compétitifs face à ce que proposent certains marchés régionaux ou internationaux. Les conditions de travail sur les chantiers locaux éprouvent physiquement sans toujours offrir la contrepartie d’une reconnaissance professionnelle ou d’une progression de carrière lisible. Et quand un technicien qualifié se retrouve bloqué dans la même fonction depuis cinq ans, sans perspective d’évolution et sans sentiment que ses compétences sont véritablement reconnues, la question du départ finit par s’imposer d’elle-même.
Ce que les panélistes ont mis en mots avec une précision utile, c’est que cette fuite n’est pas toujours spectaculaire. Elle est silencieuse. Un ingénieur qui change de secteur. Un chef de chantier qui part à l’étranger. Un technicien de finition qui ouvre son propre atelier informel parce qu’il ne voit plus d’avenir dans les structures existantes. Le BTP togolais perd ses forces vives sans faire de bruit.
La prochaine étape de la Conférence sur l’immobilier en Afrique (CIA) sera de transformer les recommandations de cette journée en engagements concrets. Le Togo a les compétences. La question est de savoir si le cadre sera à la hauteur pour les garder.
