Titulaire d’une licence en marketing, reconvertie dans l’immobilier par conviction, Lorraine Ekue a fondé MAE Immobilier au Togo, puis lancé African Business Immo, une plateforme panafricaine dédiée à l’industrie immobilière. En mai 2026, elle organisait à Lomé la première Conférence sur l’immobilier en Afrique (CIA). Portrait.
Elle aurait pu rester dans le marketing. Sa formation l’y amenait, le marché togolais avait besoin de ce profil, et la trajectoire était balisée. Mais Lorraine Ekue a fait un autre choix. Elle a regardé l’immobilier, un secteur peu digitalisé, peu structuré à l’échelle du continent, souvent laissé à des acteurs locaux isolés, et elle y a vu une opportunité que d’autres n’avaient pas encore mise en forme.
Ce n’était pas un coup de tête, mais une décision méthodique, portée par une formation complémentaire dans le domaine, par une expérience terrain accumulée progressivement, et par la conviction que le marché immobilier africain manquait d’un espace pour se penser à sa propre échelle.
Avant les plateformes, avant les conférences, il y a eu MAE Immobilier. Une structure créée par Lorraine Ekue pour offrir une gamme complète de services dans le secteur : accompagnement à l’achat, à la vente, à la location, et conseil aux porteurs de projets. Un cabinet ancré dans les réalités du marché togolais, où les transactions immobilières se font encore largement sans intermédiation professionnelle et où la transparence sur les prix reste un défi.
MAE Immobilier, c’est la base opérationnelle. Ce qui lui permet de comprendre le marché de l’intérieur, de côtoyer les acheteurs, les vendeurs, les promoteurs, les investisseurs de la diaspora et les institutions publiques. Cette expérience directe est ce qui donnera plus tard une crédibilité concrète à ses prises de position sur l’état du secteur en Afrique.
African Business Immo, une vision à l’échelle du continent
En juin 2023, Lorraine Ekue lance African Business Immo, qu’elle positionne comme la première plateforme digitale panafricaine dans le secteur de l’immobilier. L’ambition déclarée est précise et consiste à connecter les acteurs clés de l’industrie, accélérer l’adoption des technologies dans un secteur historiquement peu numérisé, et promouvoir un développement immobilier qui intègre les enjeux de durabilité et d’impact social.
La plateforme fonctionne comme un écosystème. Elle agrège des contenus spécialisés, des podcasts, des réseaux professionnels et des espaces de conseil personnalisé. Elle intègre aussi une rubrique baptisée ELLEIMMO, consacrée aux femmes qui transforment l’industrie immobilière sur le continent.
« Chez African Business Immo, notre mission est de révolutionner l’industrie immobilière en Afrique en connectant les acteurs clés, en favorisant l’innovation technologique et en promouvant le développement durable. Nous nous efforçons de créer un écosystème où les opportunités abondent et où les succès sont partagés », a-t-elle expliqué à Ocean’s News.
Le projet est né d’un diagnostic assez simple sur la forme. Le marché immobilier africain est vaste, en pleine expansion démographique et urbaine, mais ses acteurs travaillent en silos. Les promoteurs ne parlent pas aux financiers. Les architectes ne dialoguent pas avec les décideurs publics. Les jeunes professionnels formés dans les universités africaines n’ont pas d’espace professionnel structuré pour construire leur réseau et leur réputation. African Business Immo veut combler ces distances.
Conférence sur l’immobilier en Afrique, un passage à l’acte institutionnel pour Lorraine Ekue
Le 13 mai 2026 à Lomé, Michelle Lorraine Ekue co-organisait la toute première édition de la Conférence sur l’immobilier en Afrique, en partenariat avec le Project Management Institute Togo.
L’événement, placé sous le haut patronage du ministère togolais de l’Aménagement du territoire et de l’urbanisme, a réuni des délégués du ministère des Travaux publics, du ministère de l’Éducation, la Direction générale de l’Agence d’Exécution des Travaux d’Intérêt Public (AED), le directeur général de l’IFAD-Bâtiment, le président de l’ANAIT et un conseiller de la Présidence du Conseil.

Le thème retenu pour cette première édition était direct : « Conserver la main-d’œuvre locale ». Derrière cette formule, un constat que les professionnels du BTP togolais connaissent bien. Le secteur recrute, forme, encadre, puis il regarde partir. Les techniciens qualifiés changent de secteur. Les ingénieurs s’expatrient. Les chefs de chantier ouvrent des ateliers informels parce qu’ils ne voient plus de perspective dans les structures existantes.
Lorraine Ekue a ouvert la journée avec une phrase qui a traversé les deux panels. « Un secteur ne se développe pas seulement avec des plans. Un secteur se développe avec des compétences, avec des talents, avec des jeunes préparés, avec des femmes valorisées, avec des professionnels engagés. »
Les discussions ont mis en lumière deux dysfonctionnements concrets. D’abord, des programmes de formation initiale déconnectés des réalités du chantier. Un technicien sort diplômé sans avoir jamais tenu un planning sérieux. Un jeune ingénieur arrive sur le terrain sans avoir été exposé aux contraintes réelles de la sous-traitance ou du foncier. Ensuite, une orientation professionnelle vers les métiers du BTP insuffisante dès le secondaire, dans un pays où le secteur de l’immobilier est en pleine expansion urbaine.
Michelle Lorraine Ekue n’est pas arrivée dans l’immobilier par héritage familial ni par capital initial. Elle est arrivée par intérêt, par formation, puis par engagement. Ce cheminement lui donne une posture particulière dans un secteur dominé par des acteurs qui opèrent souvent à l’échelle locale et rarement à l’échelle du continent.
Ce qu’elle construit avec African Business Immo et la CIA répond à une réalité que les chiffres confirment. L’Afrique subsaharienne connaît une urbanisation parmi les plus rapides du monde. Les besoins en logements, en bureaux, en infrastructures et en espaces commerciaux sont massifs. Mais les outils pour financer, documenter, standardiser et professionnaliser ce marché restent insuffisants.
La question qui se pose maintenant est celle de la portée géographique. African Business Immo se présente comme une plateforme panafricaine. La CIA 2026 s’est tenue à Lomé, dans le cadre institutionnel togolais. La prochaine étape sera de vérifier si ce modèle peut se déployer au-delà des frontières du Togo, dans un secteur où les régulations, les pratiques foncières et les structures de financement varient d’un pays à l’autre.
Ce que Michelle Lorraine Ekue a déjà prouvé, c’est qu’une entrepreneuse togolaise, formée hors du sérail immobilier traditionnel, peut créer un espace de dialogue professionnel là où il n’en existait pas.

