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Interview avec Kayi Dogbé, femme de paix et de justice 

Meilleure Femme leader au “Togo Top Impact 2021”, Kayi Dogbé a profondément marqué le Togo l’année écoulée et continue par impressionner en ce début 2022. Ce que l’on retient surtout d’elle, c’est son pragmatisme et sa volonté d’apporter soutien et expertise à la jeunesse de son pays.

Aujourd’hui, tous les Togolais le notent, du moins, la majorité : Kayi Dogbé est une femme de paix et de justice, un modèle pour les plus jeunes et une citoyenne africaine qui milite depuis des années pour l’autonomisation et le développement de la femme, de la jeune fille et de l’enfant vulnérable, à travers l’Association Femmes Chrétiennes Unies dans l’Action, dont elle est la présidente fondatrice. Pour ce premier numéro du magazine Ocean’s News, version 2022 nous sommes allés à sa rencontre pour découvrir son histoire et ses perspectives pour cette nouvelle année.

Mme Kayi Dogbé, c’est pour notre rédaction un honneur de vous avoir comme figure de la première parution du magazine Ocean’s News version 2022. À nos chers lecteurs et lectrices, présentez-vous svp. 

Kayi Dogbé : Je voudrais tout d’abord vous réitérer ma gratitude pour cet intérêt porté à ma modeste personne. Alors, je suis citoyenne togolaise ! Citoyenne africaine, femme engagée, titulaire d’un Master en Droit public et d’un Master en gestion de projets, enseignante, formatrice et Présidente de l’Association Femmes Chrétiennes Unies dans l’Action, une association qui contribue modestement à l’autonomisation et au développement de la femme, de la jeune fille et de l’enfant vulnérable. Très attachée au beau et au raffinement, je déteste la médiocrité et la médisance. J’ajouterai volontiers que je suis une passionnée d’art et de culture, j’aime la peinture, la photographie, la lecture, la musique et tout naturellement tout ce qui a trait au vêtement et à la mode.

Quand on vous définit comme une personne éprise de paix et de justice, quel sens cela a pour vous, de manière pratique et compréhensible ? 

Kayi Dogbé : Qui ne veut pas vivre dans un monde paisible et agréable ? Chacun de nous aspire à un monde vivable, agréable et sans conflits. Seulement est-ce que nous y travaillons réellement ? C’est là que la justice pour moi a tout son sens. C’est la juste mesure du mérite pour chacun quel qu’il ou qu’elle soit. La justice est dès lors arrimée à la paix qui est menacée dès que l’injustice s’installe. « La justice écoute aux portes de la beauté » disait Aimé Césaire et « toutes les vertus sont comprises dans la justice : si tu es juste, tu es homme de bien. » Renchérit Théognis de Mégare (Poète grec du VIe siècle av. Jésus-Christ) alors que pour Victor Hugo, « Faire justice est bien. Rendre justice est mieux ». Tous ces grands hommes immortalisés par leurs pensées, qui m’inspirent d’ailleurs beaucoup, sont d’avis ensemble avec Platon et Aristote, Martin Luther King et Nelson Mandela que la justice, c’est beau, c’est bien et le beau met bien naturellement. La paix se nourrit dès lors de justice et d’équité et nous en avons besoin pour vivre dans la paix. En résumé, donnez à César ce qui est à César et nous vivrons dans une paix universelle et durable. 

Aujourd’hui connue en tant que juriste, mais surtout en tant que femme africaine engagée qui se bat pour le droit des femmes et des jeunes filles vulnérables, quelle est votre histoire ? Ou devraisje dire, votre parcours ? Racontez-le-nous. 

Kayi Dogbé : Humm, j’essaierai de faire court. C’est l’histoire d’une petite fille issue de l’union de deux êtres de lettres qui vivait une vie paisible dans un cocon familial. Nos parents ont su très tôt nous inculquer le goût de l’excellence, de la crainte de Dieu et donc naturellement de la justice et de l’honnêteté. Mes parents instituteurs et donc éducateurs, hébergeaient à la maison des cousins et cousines, des enfants souvent de familles monoparentales qui étaient sous la responsabilité de notre père aidé par notre mère pour leur éducation. Très tôt, j’avais des frères et sœurs qui n’étaient pas de la famille, mais avec qui nous avions tissé des liens de famille. Liens que nous avons gardés jusqu’à présent. L’honneur et la dignité pour mes parents devaient passer avant tout et n’étaient pas négociables. Très tôt et très jeune, je fus confrontée à ma première rude épreuve, la perte de mon père à l’âge de 12 ans. J’étais en classe de 5e…

Kayi Dogbé
Kayi Dogbé est l’invitée du 22e numéro du magazine Ocean’s News

Ma mère, de la manière la plus stoïque qui soit, a pris le relais, seule avec 3 filles à élever et à éduquer. Ça n’a pas été facile. J’aimais déjà à l’époque, tout ce qui est raffinement et je me souviens qu’on se cachait pour aller faire du portefaix dans le quartier afin de gagner un peu d’argent de poche. Je donnais également des cours de répétition aux jeunes enfants du primaire. Ma mère répétait souvent avec une foi inébranlable qu’elle fera tout pour qu’on aille au bout de nos études. La base était déjà solide pour les 3 filles que nous étions. Sa seule crainte était qu’aucun garçon ne vienne nous séduire et c’était connu dans notre quartier qu’on ne doit toucher à aucune fille de Dahui comme on aimait l’appeler dans le quartier. Elle n’hésitait pas à aller menacer subtilement les garçons indélicats qui osaient la défier, – en présence de leurs parents. Ma mère était une grande philanthrope. Elle était très pieuse et avait une grande humanité en elle. Elle donnait aux plus pauvres tout ce qu’elle avait, je dis bien tout et pour se défendre, elle disait qu’ils en avaient plus besoin qu’elle. Vous remarquerez que j’invoque beaucoup ma mère, de regrettée mémoire, car elle a beaucoup semé en nous, elle a bâti la majeure partie de ma personnalité et de mon caractère, la fondation est solide et de qualité. Je leur jette toujours des fleurs chaque jour que Dieu fait, elle et son défunt mari. Oui, j’avais des parents très sévères, mais aujourd’hui je suis fière d’eux et contente du résultat. 

Après mon BAC littéraire, j’ai commencé la faculté de droit à l’Université de Lomé (ex-Université du Bénin-UB) avant de choisir l’Ecole Supérieure de Secrétariat de Direction, un cycle plus court qui m’offrait l’opportunité de commencer à travailler immédiatement avec ma licence professionnelle. La raison est toute simple. Ma mère était tombée gravement malade et dès le lycée, mes sœurs et moi, nous nous relayions à ses côtés à l’hôpital. En fac de droit, le plus clair du temps, je passais la nuit à l’hôpital et le matin, je m’assurais de la toilette, la prise de médicaments, la nourriture et d’éventuelles analyses à faire avant de regagner l’université. Combien de fois n’ai-je pas été sifflée en amphi et jugée à tort lorsque je venais au cours en retard ? Seuls, ceux qui étaient proches de moi savaient que je jouais aussi le rôle d’infirmière. Un moment éprouvant de ma vie qui a fortement contribué à ma force de caractère.

Ma carrière professionnelle a débuté il y a 25 ans dans le secteur maritime après un bref détour dans le domaine de l’expertise comptable. J’ai ainsi affiné mes réflexes de technicien en assistance managériale. J’ai appris le marketing et la gestion de la relation client et découvert le monde maritime, d’abord à SAGA-TOGO (actuelle Groupe Bollore), ensuite à P&O Nedlloyd où j’ai été customer service desk à l’exportation puis assistante du Directeur Général Togo-Bénin et Responsable du claims Département. Après, j’ai rejoint pour une brève durée Maersk Line à la faveur de la fusion avec P&O Nedlloyd. J’ai démissionné pour intégrer une organisation onusienne où j’ai passé plus de 15 ans. J’ai travaillé sur le Programme national modernisation de la justice en qualité d’assistante administrative et financière et ensuite à l’unité gouvernance démocratique du PNUD, un poste qui nécessitait une grande confidentialité, une discrétion absolue et l’excellence. 

Il n’y a pas d’âge pour réaliser ses rêves, on peut reprendre les études à tout moment et à n’importe quel âge, pourvu qu’il y ait une forte volonté et un soutien d’acier autour de soi. Pour ma part, femme et mère comblée, j’ai pu reprendre mes études universitaires après plus de 10 ans. J’ai préparé et obtenu, en plus de ma licence professionnelle, une licence en gestion commerciale et financière, une licence en droit public, une maîtrise en gestion commerciale et financière et deux masters : un en droit public et un en gestion de projets. Je continue d’ailleurs aujourd’hui pour préparer mon doctorat en droit public. J’y suis arrivée aussi parce que les miens croyaient en moi et me donnaient de la force. Le ciel m’a donné des enfants dociles et un homme qui me soutient et m’a poussé à cette meilleure version de moi. J’en suis très reconnaissante. 

Alors, ce combat pour le droit des femmes et des jeunes filles vulnérables, quand a-t-il pris forme, quel a été le déclencheur ?

Kayi Dogbé : Toute petite, je combattais l’injustice à l’école comme à la maison à telle enseigne que tout le monde disait que je serai avocate. L’injustice m’attristait profondément et continue de m’attrister d’ailleurs. Pour moi, l’injustice, c’est la lâcheté des plus forts envers les plus faibles, et ça doit cesser. Que ce soit en famille ou pour des inconnu.es, dès qu’une situation est portée à mon attention, j’essaie de le résoudre par moi-même, par mes sœurs, des amis ou…… [Pour lire l’intégralité de cette interview, rendez-vous à la page 10 du magazine Ocean’s News N°22]

RENAISSANCE, ELVIRA BIKOUA

Par Aimé APEDOH

Directeur de Publication de Ocean's News

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