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Lassiné Diawara, l’actionnaire discret

Lassiné Diawara Lassiné Diawara
Lassiné Diawara, Portrait de la semaine n°77

Né en 1949 dans une famille de commerçants de Bobo-Dioulasso, Lassiné Diawara a bâti l’un des empires les plus solides du Burkina Faso sans jamais chercher à tout posséder. Sa méthode, entrer dans le capital des grands groupes étrangers là où les autres refusaient d’aller, lui a ouvert les portes du tabac, de la banque, de la logistique et de l’or dans cinq pays d’Afrique de l’Ouest. Portrait.

Issu d’une lignée de commerçants originaires de Bobo-Dioulasso et actifs jusqu’au Mali, Lassiné Diawara fait figure d’anomalie dans le paysage des affaires burkinabè, où la plupart des grands opérateurs économiques viennent du Nord, de la région de Ouahigouya. Lui vient du Sud-Ouest. De Bobo-Dioulasso, capitale économique historique du pays, ville commerçante, ville de passage, ville où les Dioulas de la région de Bobo-Dioula ont toujours su faire du commerce leur identité.

Après ses études secondaires, Lassiné Diawara quitte Bobo-Dioulasso pour Lomé, au Togo. Il y obtient une maîtrise en sciences économiques option gestion à l’Université du Bénin (aujourd’hui université de Lomé). Rentré à Ouagadougou, il est repéré par André Aubaret, un Français proche des réseaux Foccart, alors président de la Chambre de commerce, d’agriculture et d’industrie de Haute-Volta. 

André Aubaret cherchait à former une nouvelle génération de cadres burkinabè. Lassiné Diawara appartenait aux jeunes qu’il avait choisis. Il lui a rapidement ouvert les portes de l’institution qu’il dirigeait, raconte un journaliste ayant couvert la trajectoire de l’homme d’affaires pour Jeune Afrique.

À 25 ans, Lassiné Diawara entre donc à la Chambre comme secrétaire général adjoint. Trois ans plus tard, il est chargé de doter la Haute-Volta d’un débouché maritime à Lomé. Cette mission de trouver une sortie vers la mer pour un pays enclavé à 28 ans est sa première école réelle. Pas un stage, mais une négociation, avec des interlocuteurs qui ont de l’âge et du pouvoir, dans un pays qu’il connaît pour y avoir étudié.

Il reste secrétaire général de la Chambre jusqu’en 1982, soit huit ans, puis est nommé économiste à la Communauté économique de l’Afrique de l’Ouest (CEAO), ancêtre de l’UEMOA, de 1984 à 1990. Ces seize années dans les institutions ne sont pas du temps perdu pour un futur homme d’affaires. Elles lui donnent une cartographie précise de qui décide quoi dans l’économie sous-régionale, et comment les capitaux étrangers cherchent à s’y insérer.

1986 : la rencontre qui change l’échelle

En 1986, Lassiné Diawara rencontre Vincent Bolloré. Ce rendez-vous change la direction de tout. Au même moment, il observe le comportement des entrepreneurs burkinabè face aux groupes étrangers. La plupart refusaient de s’engager dans des structures qu’ils ne contrôlaient pas. Pas de direction générale, pas d’investissement, tel était le réflexe dominant. 

Lassiné Diawara fait le calcul inverse. Il entre comme minoritaire, il prend des parts là où personne ne veut aller, et il s’installe dans les conseils d’administration. « Lorsque je me suis lancé dans les affaires à la fin des années 1980, je me suis très vite rendu compte qu’il y avait un créneau délaissé dans le pays », déclarait-il à Jeune Afrique en 2008.

Le résultat de ce pari se lit dans la liste de ses mandats. En 1990, il devient président du conseil d’administration de la Mabucig, la Manufacture burkinabè de cigarettes, filiale du groupe Bolloré devenue en 2001 propriété du britannique Imperial Tobacco, avec 5 % des parts. En 1997, il prend celle de Bank of Africa Burkina Faso avec 10 % du capital. Ses seules parts dans BOA Burkina, cotée à la Bourse régionale, sont valorisées à une quinzaine de millions d’euros.

Lassiné Diawara

Avec le soutien du groupe Bolloré, il avait également fondé en Côte d’Ivoire la Sageci, société de manutention dans le port d’Abidjan, dont il détenait 97 % du capital. Le rachat des activités logistiques africaines de Bolloré par MSC en 2023 a profondément reconfiguré ce secteur.

En 2009, il devient le premier Africain à présider le conseil d’administration de Sitarail, la société qui opère le chemin de fer reliant Abidjan à Ouagadougou. Une distinction historique dans un secteur où les Européens avaient toujours tenu les commandes. Il quittera ultérieurement cette présidence, et le groupe Bolloré cédera l’ensemble de ses activités logistiques africaines à MSC en 2023. Deux pages qui se tournent pour celui qu’on surnommait parfois « l’homme de Bolloré ».

Lassiné Diawara : les réseaux, la discrétion et une question qui agace

On lui a souvent reproché sa proximité avec le pouvoir. Il n’en fait pas mystère. « Tout ça est vrai ! » répondait-il à Jeune Afrique quand on lui listait ses accointances : Blaise Compaoré, le ministre Djibrill Bassolé, Mgr Jean-Marie Compaoré, mais aussi l’opposant Roch Marc Christian Kaboré. « Je suis un ami des bons et des mauvais jours. Je ne renie pas mes amitiés même si, parfois, nos approches politiques divergent. » 

Ce positionnement transpartisan lui a valu des critiques, mais aussi cette réputation de fiabilité que peu d’entrepreneurs burkinabè possèdent. Ce que peu de portraits retiennent de Lassiné Diawara, c’est ce qu’il fait de son argent en dehors des conseils d’administration. 

L’homme d’affaires burkinabè a remplacé les sacs usés des meilleurs enseignants du Burkina par des villas F3, réhabilité une école primaire publique en une école moderne, et offert à l’université Nazi Boni de Bobo-Dioulasso une vaste salle d’étude entièrement équipée. Engagé pour l’environnement, il a planté plus de 140 000 pieds d’eucalyptus et d’anacardiers sur environ 140 hectares.

En 2019, il pose la première pierre du port sec de Bobo-Dioulasso, dont il pilote la réhabilitation et l’extension. À 77 ans, l’empire tient. Et le silence reste d’or.

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