La Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) a rendu publique, le 1er juillet 2026, la visite de sa délégation à la raffinerie du milliardaire nigérian Aliko Dangote, à Lagos, point de départ d’un partenariat SNPC-Dangote encore informel. Les deux parties envisagent une collaboration sur l’approvisionnement en carburant raffiné, la sécurité énergétique et le partage de savoir-faire industriel. Cette démarche intervient alors que le Congo, pourtant premier producteur de pétrole de la zone CEMAC, importe encore une part importante de son carburant. Elle interroge la capacité du pays à transformer sa richesse pétrolière en autonomie énergétique réelle.
La SNPC, dirigée par Maixent Raoul Ominga, a envoyé une délégation visiter la raffinerie de Lagos en vue d’un partenariat SNPC-Dangote sur la fourniture de produits pétroliers raffinés. Les discussions, selon les deux parties, ont porté sur la collaboration en matière de raffinage, l’approvisionnement en carburant, la sécurité énergétique, le développement industriel et le partage de connaissances techniques. Aucun accord commercial n’a encore été signé. Les volumes, les prix et la logistique de transport entre Lagos et les ports congolais restent à négocier.
Le Congo produit du pétrole brut en abondance. Le pays reste pourtant structurellement dépendant des importations de carburant raffiné. La Congolaise de raffinage (CORAF), unique raffinerie du pays, basée à Pointe-Noire, traite environ un million de tonnes de brut par an. Elle couvre environ 70 % des besoins nationaux en produits finis, selon les données publiées par l’entreprise elle-même. Le Congo importe donc une part importante de son carburant, une facture payée en devises étrangères sur un marché international volatile.
Cette dépendance pèse sur les finances publiques. L’État congolais maintient des prix subventionnés à la pompe pour protéger le pouvoir d’achat des ménages. Chaque hausse des cours mondiaux du baril creuse l’écart entre le prix d’achat réel et le prix de vente fixé, un déficit que le Trésor public doit combler. Le pays connaît aussi des pénuries récurrentes à la pompe. En 2022 déjà, Jeune Afrique rapportait que ces pénuries alimentaient un marché noir où le litre d’essence pouvait grimper jusqu’à 2 000 FCFA, trois fois le prix normal.
Partenariat SNPC-Dangote : ce que propose la raffinerie de Dangote
La raffinerie Dangote de Lagos traite jusqu’à 650 000 barils de pétrole par jour. Elle a contribué à transformer le Nigeria d’importateur en exportateur net de produits raffinés. Le groupe vise désormais une capacité totale de 2,1 millions de barils par jour à l’échelle du continent, avec 1,4 million de barils au Nigeria et un complexe de 700 000 barils par jour prévu au Kenya. Devakumar Edwin, vice-président du groupe chargé du pétrole et du gaz, a annoncé un investissement additionnel de 46 milliards de dollars entre 2026 et 2028, réparti entre le raffinage, le ciment et les engrais.
Aliko Dangote a positionné l’échange sur un plan continental plutôt que bilatéral. « Nous sommes pour l’Afrique, pas seulement pour le Nigeria », a-t-il déclaré à la délégation congolaise. Pour le Congo, un accord avec Dangote offrirait une alternative aux circuits d’importation classiques, potentiellement plus fiable et plus compétitive. Mais la réussite de ce partenariat SNPC-Dangote dépendra de conditions commerciales encore à définir.
Le Congo dispose déjà d’une raffinerie, de brut disponible en quantité, et désormais d’un partenaire industriel africain de référence. Un partenariat SNPC-Dangote pourrait sécuriser l’approvisionnement en carburant. Il ne réglera pas à lui seul le vrai problème, celui d’un pays qui subventionne ses prix à la pompe sans disposer des moyens de garantir un approvisionnement stable à ses propres citoyens.
