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Burkina Faso : les dessous d’un prêt de 33 milliards FCFA pour relancer les ex-mines d’Endeavour

mines de Boungou et de Wahgnion mines de Boungou et de Wahgnion

Les mines de Boungou et de Wahgnion vont recevoir un investissement de 33,21 milliards de FCFA, financé en grande partie par un prêt de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD). L’Assemblée législative du peuple (ALP) a autorisé la ratification de cet accord le 30 juin 2026, à Ouagadougou, par un vote unanime des 56 députés présents. Le prêt de la BOAD s’élève à 30 milliards de FCFA, à un taux de 7,05 % sur 10 ans. La contrepartie nationale représente 3,21 milliards de FCFA. Derrière ce financement se joue une question plus large. Celle du coût réel de la souveraineté minière que le Burkina Faso revendique depuis deux ans.

L’histoire commence en juin 2023. Endeavour Mining vend alors sa participation de 90 % dans Wahgnion à Lilium Mining, filiale du groupe burkinabè de Simon Tiemtoré, pour plus de 300 millions de dollars. Lilium ne solde jamais l’intégralité du paiement. Un litige s’ouvre, suivi d’une procédure d’arbitrage.

L’État burkinabè intervient comme médiateur. Le 27 août 2024, un accord de règlement transfère les mines de Boungou et de Wahgnion à l’État, contre un paiement de 60 millions de dollars à Endeavour et une redevance de 3 % sur la production de Wahgnion, jusqu’à 400 000 onces vendues.

Le 12 juin 2025, ces actifs et trois autres permis sont officiellement transférés à la Société de participation minière du Burkina (SOPAMIB). Boungou reprend sa production en juillet 2025, après deux ans d’arrêt. Wahgnion, elle, n’a jamais cessé de fonctionner et vise environ 92 000 onces pour 2026. Les deux sites cumulent aujourd’hui plus de 7 tonnes d’or par an, selon le ministre burkinabè de l’Énergie, des Mines et des Carrières, Yacouba Zabré Gouba.

Mines de Boungou et de Wahgnion : une rentabilité pénalisée par la location d’équipements

La production tourne, mais la facture d’exploitation grimpe. Faute d’équipements propres, la Société de participation minière du Burkina (SOPAMIB) loue une grande partie du matériel lourd utilisé sur les deux sites. Rien qu’à Wahgnion, cette sous-traitance coûte plus de 3 milliards de FCFA par mois, soit environ 36 milliards par an. 

Le prêt de la BOAD, avec ses 30 milliards de FCFA, ne couvre donc même pas une année de ces seules charges de location sur un site. Il doit financer l’achat d’équipements de forage, d’extraction et de transport, des travaux de sécurisation et d’assèchement des fosses, le rehaussement du parc à résidus, ainsi qu’une ligne électrique de 76 kilomètres pour raccorder Wahgnion au réseau de la SONABEL. L’objectif du gouvernement reste de réduire cette dépendance à la location et d’améliorer les marges des deux actifs.

Sous pavillon Endeavour, coté en Bourse, les mines publiaient des données régulières de production et de flux financiers. Depuis la reprise par l’État, ces informations circulent au compte-gouttes. Le rapport 2024 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives évalue pourtant les réserves probables à 950 000 onces pour Boungou et 1,08 million d’onces pour Wahgnion. 

Elemental Royalties, détentrice d’une redevance de 1 % sur Wahgnion, indiquait fin 2025 ne pas avoir reçu de paiement depuis le rachat. La SOPAMIB communique tout de même certains chiffres. Lors d’une journée de redevabilité tenue le 22 juin 2026 à Niankorodougou, elle a fait état de plus de 1 000 emplois directs créés en 2025 et de 97,3 milliards de FCFA d’achats auprès d’entreprises locales.

Le prêt de la BOAD règle une partie de la facture technique des deux mines. Il ne dit rien sur la valeur réelle que ces actifs rapportent à l’État actionnaire, ni sur qui, en dehors de la SOPAMIB elle-même, est aujourd’hui en mesure de la vérifier.

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