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Alpha Boubacar Sow, le pari du brut guinéen

Alpha Boubacar Sow Alpha Boubacar Sow
Alpha Boubacar Sow, Fondateur Elite Mining Guinea S.A. ©️Elite Mining Guinea

Quatorze ans passés au service des géants étrangers de l’industrie minière en Guinée. Puis le retour à soi, et la création d’Elite Mining Guinea S.A. Alpha Boubacar Sow est l’un des rares Guinéens à avoir décidé que les richesses du sous-sol de son pays pouvaient être gérées par ses propres enfants. Portrait.

La Guinée détient environ deux tiers des réserves mondiales de bauxite. Ce minéral, indispensable à la production d’aluminium, fait depuis des décennies la fortune d’entreprises étrangères qui ont bâti, extrait et exporté, laissant peu derrière elles. Alpha Boubacar Sow grandit dans cette Guinée, un pays assis sur l’une des plus grandes richesses minérales du monde sans que ses habitants en contrôlent véritablement la valeur. Cette réalité, il la vit de l’intérieur avant de décider d’y répondre.

En 2007, il obtient son diplôme en mathématiques, informatique et statistiques appliquées à la gestion des entreprises à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Ce n’est pas la formation la plus habituelle pour qui veut entrer dans les mines. Mais c’est précisément cet angle qui lui ouvrira des portes que d’autres ne franchissent pas. Il complète son parcours par des certifications internationales, dont une en management obtenue auprès de l’American Management Association à New York en 2012. Il choisit le secteur minier. La Guinée en est le cœur névralgique, et les grands projets s’ouvrent alors l’un après l’autre.

Son entrée dans l’industrie se fait chez Rio Tinto, sur le projet Simandou, le gisement de minerai de fer parmi les plus importants au monde, niché dans les montagnes du sud-est guinéen à plus de 600 kilomètres de la côte. Alpha Boubacar Sow y passe dix ans. Il débute comme officier IT Graduate et monte, poste après poste, jusqu’au rang de coordinateur du support IT.

Dix ans dans un projet de cette envergure, c’est une école à part entière. On y apprend la mécanique des mégaprojets africains : les partenariats entre États et multinationales, la lenteur des négociations, la complexité des infrastructures à construire dans des zones sans routes ni ports, la distance entre les projections et les réalités du terrain. On y apprend aussi ce que signifie gérer des équipes sous pression, dans des environnements isolés, sur des standards internationaux exigeants.

Après Rio Tinto, Alpha Boubacar Sow rejoint Alufer Mining pour le projet Bel Air à Boffa, dans la région côtière de la Basse Guinée. Cette fois, il n’est plus officier subalterne. Il dirige les opérations IT, construit les infrastructures clés et accompagne les premières années de production. Trois ans à piloter des systèmes critiques sur un site en démarrage. Une expérience qui complète sa lecture du cycle minier, du premier coup de pelle jusqu’aux premières cargaisons exportées.

Quatorze ans au total dans les majors de l’industrie minière guinéenne. Quatorze ans à voir fonctionner, et parfois dysfonctionner, le modèle dominant : capitaux étrangers, décisions prises loin du terrain, expertise importée, valeur exportée. 

Alpha Boubacar Sow, le grand saut

Alpha Boubacar Sow
L’équipe Elite Mining Guinea S.A. ©️Elite Mining Guinea

Après quatorze ans passés dans les entrailles des plus grands projets miniers de Guinée, au service de multinationales étrangères, Alpha Boubacar Sow fait le choix en mai 2019 de créer Elite Mining Guinea SA, l’une des rares entreprises minières guinéennes à opérer sur toute la chaîne extraction, transport, export, avec un management 100 % local.

« Il m’était inconcevable de croiser les bras sans créer une entreprise guinéenne qui se donnerait comme objectif de relever le défi d’exploiter ne serait-ce qu’une mine, pour un début, avec l’expertise locale pour mieux profiter des avantages du contenu local qui est censé être le vrai levier du développement socio-économique de notre pays », a-t-il confié à Forbes

La société Elite Mining Guinea SA obtient son permis de recherche le 10 décembre 2019. La cible, c’est la bauxite. avec la zone de Souguéta en ligne de mire, dans la préfecture de Kindia, sur une concession de 200 kilomètres qui s’étend jusqu’au port minier de Konta, à Forécariah. L’ambition est d’opérer sur toute la chaîne là où la plupart des entreprises locales se cantonnent à la sous-traitance. Puis la Covid-19 arrive, le projet s’arrête et le chantier attend.

À partir de fin 2022, Elite Mining Guinea reprend et accélère. Entre 2023 et aujourd’hui, la montée en puissance est réelle. Près de 2 000 emplois sont mobilisés sur le corridor Kindia-Forécariah, dont 100 directs et 1 900 indirects via la sous-traitance. Ce qui distingue ce chiffre d’un simple total, c’est sa nature : 99 % des fonds levés pour le projet ont été injectés dans l’économie guinéenne, auprès d’entreprises locales exclusivement. Un choix rare dans l’industrie extractive en Guinée, où la sous-traitance internationale reste la norme.

En décembre 2024, la société inaugure sa base vie à Souguéta avec des logements, des blocs administratifs, des centres de santé, des restaurants pour près de 900 personnes, et la capitainerie du port de Konta à Forécariah, entièrement financée par l’entreprise. Sur le plan technique, Elite Mining Guinea a fait des choix qui tranchent avec les pratiques habituelles.

L’entreprise utilise des mineurs de surface de marque Vermeer et Wirtgen, des équipements qui éliminent le recours aux explosifs, réduisent les nuisances sonores et préservent les écosystèmes et communautés riverains. Le port de Konta est équipé d’un convoyeur à bande pour optimiser la chaîne logistique. Des outils numériques assurent le suivi en temps réel des performances, de la sécurité et de l’impact environnemental.

Les obstacles sont connus et assumés : accès limité au financement minier, tensions sociales liées aux attentes des communautés, cadres administratifs complexes. L’objectif à l’horizon 2030 est de s’imposer comme l’un des acteurs importants du secteur minier guinéen. Mais c’est le cap suivant qui dit le plus sur l’ambition réelle d’Alpha Boubacar Sow : créer une raffinerie 100 % guinéenne, financée par des investisseurs locaux, avec l’appui de l’État, alignée sur le Programme Simandou 2040.

La Guinée exporte aujourd’hui sa bauxite brute. La transformer en alumine, puis en aluminium, multiplierait la valeur produite sur le sol national par un facteur que peu d’industries africaines ont encore atteint. Si ce projet aboutit, Alpha Boubacar Sow aura participé à réécrire la façon dont un pays africain tire profit de ses propres ressources.

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