Pour la première fois de son histoire, l’Afrique envoie dix représentants à la Coupe du monde. De Washington à Los Angeles, de Toronto à Mexico, les Lions, les Pharaons, les Éléphants et les Léopards vont défier les meilleures nations de la planète à partir du 11 juin 2026. Un record. Et peut-être, enfin, une demi-finale. Gros plan.
La Coupe du monde 2026 inaugure une formule inédite : 48 équipes, 12 groupes de quatre, 104 matchs répartis sur cinq semaines. La compétition se tiendra du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Mexique et au Canada avec 10 sélections africaines dans cette Coupe du monde 2026.
Pour l’Afrique, cette Coupe du monde 2026 marque un nouveau virage. Dix nations africaines représenteront le continent, un record absolu : Maroc, Sénégal, Algérie, Tunisie, Égypte, Côte d’Ivoire, Ghana, Afrique du Sud, Cap-Vert et RD Congo. Les règles de la FIFA interdisent que deux nations de la CAF se retrouvent dans le même groupe, ce qui garantit dix représentants répartis dans dix groupes distincts.
Dans chaque groupe, les deux premiers sont qualifiés pour la phase à élimination directe, ainsi que les huit meilleurs troisièmes. Ce schéma offre davantage de possibilités aux équipes issues de groupes très relevés.
Que valent les nations africaines engagées dans la bataille de la Coupe du monde 2026 ?
- Groupe A : Afrique du Sud, le retour du fils prodigue
Le match d’ouverture du Mondial mettra aux prises le Mexique à l’Afrique du Sud, un remake de 2010, quand les deux équipes avaient fait match nul 1-1 sur la pelouse du Soccer City de Johannesburg. Dans le groupe A, les Bafana Bafana affronteront également la Corée du Sud et la Tchéquie.
Sur le papier, Hugo Broos peut compter sur une colonne vertébrale solide : Ronwen Williams dans les buts, Teboho Mokoena pour tenir le milieu, Percy Tau à la création et Lyle Foster en pointe. Le sélectionneur belge mise aussi sur la jeune pépite Relebohile Mofokeng, ailier d’Orlando Pirates, pour apporter la percussion et l’imprévisibilité que les grandes équipes redoutent. Cette génération mêle expérience et fougue. C’est justement ce que Broos a cherché à construire depuis 2021.
Mais l’équipe arrive au Mondial avec deux limites connues : un manque d’expérience au plus haut niveau et une finition perfectible dans les moments décisifs. Les huitièmes de finale constituent un objectif réaliste. Au-delà, il faudra un exploit.
Le joueur à surveiller est Percy Tau. L’attaquant du Qatar SC est le leader offensif de cette sélection depuis plusieurs années. Sa vitesse, son pressing et sa lecture du jeu en font la menace la plus régulière des Bafana Bafana, et probablement l’homme sur lequel tout reposera dans les matchs à enjeu.
- Groupe C : Maroc, les Lions face au défi brésilien
Le Maroc est logé dans le groupe C avec le Brésil, Haïti et l’Écosse. Sur le papier, le groupe le plus difficile pour une nation africaine. Mais le Maroc n’est plus une équipe qui subit les grandes affiches.
À trois mois du Mondial, Mohamed Ouahbi a été désigné nouveau sélectionneur national en remplacement de Walid Regragui. Fort d’une expérience de dix-sept ans à l’académie d’Anderlecht et auréolé d’un sacre mondial avec les moins de 20 ans au Chili, il privilégie un schéma en 4-2-3-1 pensé pour libérer des espaces au capitaine Achraf Hakimi sur le flanc droit. Le changement de technicien crée une zone d’incertitude tactique, d’autant qu’Ouahbi a tranché fort en se passant de Youssef En-Nesyri et Sofiane Boufal, deux hommes importants de l’épopée 2022.
Le bloc défensif marocain reste l’un des meilleurs au monde. L’intensité physique est hors norme. Et l’expérience des grands tournois, forgée depuis Qatar 2022, donne aux Lions une maturité que peu d’équipes africaines possèdent. Les quarts de finale sont un objectif raisonnable. La demi-finale, un rêve atteignable.
Le joueur à surveiller est Achraf Hakimi. Le latéral du PSG arrive avec le statut de Joueur africain de l’année 2025. Sa capacité à être décisif des deux côtés du terrain, offensif, défensif, dans les grands moments, en fait l’un des meilleurs joueurs du monde à son poste. Quand Hakimi est dans ses grandes nuits, le Maroc peut battre n’importe qui.
- Groupe E : la Côte d’Ivoire dans l’ombre de l’Allemagne
La Côte d’Ivoire se retrouve dans le groupe E aux côtés de l’Allemagne, de Curaçao et de l’Équateur. Un groupe hétérogène, où les Éléphants ont les moyens de passer, à condition de ne pas trébucher contre des adversaires théoriquement accessibles.
Emerse Faé a convoqué plus d’une dizaine de champions d’Afrique 2023, avec en nouveauté l’attaquant de l’Inter Milan Ange-Yoan Bonny. L’effectif est riche, les individualités de classe mondiale se trouvent dans toutes les lignes et l’expérience du titre continental décroché à la CAN 2023 a donné à cette génération la connaissance des matchs à élimination directe.
Mais la concurrence interne est féroce. Des joueurs autrefois indispensables peuvent être écartés au nom de l’équilibre ou de la forme, ce qui peut créer des tensions dans le groupe. Les huitièmes de finale sont l’objectif minimum. En cas de bon tirage ensuite, les Éléphants peuvent viser les quarts.
Pour cette Coupe du monde 2026, la sélection d’Emerse Faé s’avance avec un effectif équilibré. Si l’on analyse les forces actuelles des Éléphants, l’arme offensive la plus redoutable et la plus imprévisible pour les défenses adverses est sans doute Amad Diallo. L’ailier de Manchester United s’impose comme le dynamiteur en chef de l’attaque ivoirienne. Sa capacité à éliminer en un contre un, sa vision du jeu et sa forme étincelante sous le maillot national en font le danger numéro un sur les ailes.
La menace ivoirienne peut également venir de la révélation montante Yan Diomandé. Auteur d’une saison remarquable en Bundesliga sous les couleurs du RB Leipzig, le jeune attaquant apporte une verticalité et une efficacité devant le but qui complètent parfaitement la créativité de Diallo.
- Groupe F : Tunisie, les Aigles face aux Pays-Bas et à la Suède
La Tunisie sera opposée aux Pays-Bas, au Japon et à la Suède dans le groupe F. Un groupe où la marge d’erreur est quasi nulle dès le coup d’envoi.
Les Aigles de Carthage arrivent avec une organisation défensive rigoureuse et un collectif discipliné. Mais face aux blocs organisés des Pays-Bas ou de la Suède, le manque de créativité offensive a souvent coûté cher à la Tunisie dans les grandes compétitions.
La tendance à se replier trop vite dans les matchs à enjeu reste le principal frein à une qualification historique. Le groupe F est l’un des plus relevés pour les nations africaines à la Coupe du monde 2026. Une sortie de groupes serait déjà une performance notable.
Le joueur à surveiller est Hannibal Mejbri. À 23 ans, il est le chef d’orchestre technique de la Tunisie avec plus de 40 sélections. Il évolue à Burnley, promu en Premier League cette saison avant d’être relégué en Championship en fin de parcours, une campagne en demi-teinte en club qui rend son Mondial d’autant plus attendu. C’est autour de lui que les Aigles devront construire leur jeu pour espérer créer la surprise.
- Groupe G : l’Égypte de Salah cherche son premier match référence à une Coupe du monde
L’Égypte sera opposée à la Belgique, l’Iran et la Nouvelle-Zélande dans le groupe G. Un groupe prenable, avec une tête d’affiche immense dans les rangs égyptiens.
Mohamed Salah, 33 ans, retrouve le Mondial après l’édition 2018 en Russie qui avait viré au cauchemar. En trois participations au Mondial (1934, 1990 et 2018), l’Égypte n’a jamais remporté le moindre match. La présence de Salah et d’Omar Marmoush donne aux Pharaons un potentiel offensif réel, et les éliminatoires ont été dominés de bout en bout.
Mais la dépendance excessive à Salah reste la principale vulnérabilité de cette équipe. Sans son meneur de jeu, l’Égypte perd une large partie de son danger. Le groupe G est l’un des plus favorables pour une nation africaine. La qualification en huitièmes est un objectif atteignable, au-delà, tout dépend du tirage.
Le joueur à surveiller est Mohamed Salah. Il cherchera à porter l’Égypte sur ses épaules. Son expérience, sa qualité dans les derniers mètres et sa capacité à décider un match sur une action font de lui le joueur autour duquel les Pharaons devront bâtir leurs ambitions. Ce Mondial est peut-être sa dernière chance de marquer la grande compétition de son empreinte.
- Groupe H : Cap-Vert plonge en eaux profondes
Le Cap-Vert est placé dans le groupe H aux côtés de l’Espagne, de l’Uruguay et de l’Arabie saoudite. Un groupe redoutable pour une nation qui dispute sa toute première Coupe du monde. Le Cap-Vert détient désormais le record de la plus petite nation en termes de superficie à participer au Mondial, effaçant celui détenu par l’Islande.
Les Requins Bleus arrivent avec une équipe soudée, des joueurs formés dans plusieurs championnats européens et une identité offensive assumée. La surprise est leur meilleure arme, et ils ont l’habitude de défier les pronostics, comme ils l’ont prouvé lors de leurs récentes campagnes en CAN. Mais l’inexpérience totale à ce niveau, combinée à un groupe où l’Espagne fait figure de favori absolu, rend la qualification en huitièmes très difficile.
Le joueur à surveiller est Garry Rodrigues. L’ailier de 35 ans, qui évolue à Apollon Limassol en Chypre, figure dans la liste officielle des 26. Son expérience accumulée sur plusieurs continents sera précieuse pour encadrer les jeunes Requins bleus dans les moments de tension.
- Groupe I : le Sénégal dans le groupe dit “de la mort”
Le Sénégal est logé dans le groupe I aux côtés de la France, de la Norvège et de l’Irak, objectivement le groupe de la mort pour une nation africaine. Le match d’ouverture opposera le Sénégal à la France le 16 juin à New York, un remake chargé de sens, vingt-quatre ans après la victoire surprise des Lions au Mondial 2002 lors du match d’ouverture face aux champions du monde en titre.
Cette fois, les Lions arrivent avec une génération au crépuscule et une relève qui monte. L’expérience incarnée par Sadio Mané, Kalidou Koulibaly, Idrissa Gana Gueye et Ismaila Sarr coexiste avec la jeunesse d’Iliman Ndiaye et d’Ibrahim Mbaye. Un équilibre générationnel rare.
Mais la défense des champions d’Afrique 2025 a montré des lacunes face aux offensives rapides, et Mbappé comme Haaland sont précisément des attaquants qui exploitent ce type de failles. Selon les chiffres d’Opta, le Sénégal est classé deuxième nation africaine en probabilité de sortie de groupes, avec 11,62 %. Des chiffres qui traduisent la difficulté du groupe, mais pas l’impossibilité.
Le joueur à surveiller est Sadio Mané. Il a manqué le Mondial 2022 sur blessure. À 34 ans, ce tournoi est probablement sa dernière grande scène mondiale. Sa détermination et sa capacité à transcender ses partenaires dans les matchs à élimination directe pourraient faire la différence là où les statistiques ne donnent pas le Sénégal favori.
- Groupe J : l’Algérie face au champion du monde
Le groupe J place l’Algérie contre l’Argentine, championne du monde 2022, l’Autriche et la Jordanie. Un choc de prestige dès la phase de groupes. L’Algérie retrouve le Mondial après douze ans d’absence. Les Fennecs ont validé leur billet grâce notamment aux buts de Mohamed Amoura lors des éliminatoires.
Vladimir Petkovic s’appuie sur un effectif profond, avec Mahrez en chef de file, l’efficacité d’Amoura devant le but et une organisation défensive solide. Mais Wolfsburg, le club d’Amoura, vient d’être relégué en deuxième division allemande, une fin de saison en demi-teinte qui interroge sur sa condition physique avant le tournoi. Et tomber dans le même groupe que l’Argentine reste l’obstacle le plus redoutable. La qualification passera par les matchs contre l’Autriche et la Jordanie. Si l’Algérie les gagne, le reste appartient à l’histoire.
Le joueur à surveiller est Mohamed Amoura. L’attaquant de Wolfsburg, auteur de 19 buts en 44 sélections avec les Fennecs, est la nouvelle arme offensive de l’Algérie. Rapide, tranchant, capable de marquer dans les grands matchs, il pourrait être la révélation africaine de ce Mondial, à condition d’arriver en forme après une saison difficile en club.
- Groupe K : 52 ans d’attente pour la RDC
La RDC s’est qualifiée en écartant la Jamaïque lors des barrages intercontinentaux. Les Léopards retrouvent le Mondial 52 ans après leur première et unique participation, en 1974 sous le nom de Zaïre. Dans le groupe K, ils affronteront le Portugal, la Colombie et l’Ouzbékistan. Cristiano Ronaldo d’un côté. Les Léopards de l’autre. Une affiche qui n’a besoin d’aucune présentation.
Le groupe est soudé autour de cadres solides : Chancel Mbemba, Aaron Wan-Bissaka, Axel Tuanzebe et Cédric Bakambu du Real Betis. La qualification obtenue contre le Nigeria aux tirs au but a forgé un caractère collectif rare. Mais l’inexpérience au niveau mondial et un groupe K qui ne laisse pratiquement aucune marge face au Portugal et à la Colombie rendent la qualification très incertaine. Un exploit contre la Colombie serait le point de bascule.
Le joueur à surveiller est Yoane Wissa. L’attaquant de Brentford, l’un des profils les plus électriques de Premier League cette saison, est le danger numéro un des Léopards. Sa vitesse, son volume de jeu et son efficacité devant le but en font un attaquant capable de faire basculer un match à lui seul.
- Groupe L : l’heure de la résurrection pour le Ghana
Dans le groupe L, le Ghana affrontera l’Angleterre, la Croatie et le Panama. Un groupe relevé, mais pas insurmontable pour des Black Stars qui ont l’habitude des grandes compétitions.
Le grand absent est Mohammed Kudus. La star de Tottenham, toujours gênée par une blessure au quadriceps, n’a pas réussi à retrouver une condition physique suffisante et manquera le tournoi. C’est la perte la plus lourde du continent pour cette Coupe du monde 2026. Kudus est l’un des rares joueurs africains capables de faire basculer un match par sa seule présence.
Antoine Semenyo, Inaki Williams et Jordan Ayew devront porter la menace en son absence. Le sélectionneur Carlos Queiroz, à sa cinquième Coupe du monde, apporte une expérience rare à ce groupe en reconstruction. Le match contre le Panama est incontournable pour les Black Stars. Une victoire là, et la qualification devient possible.
Le joueur à surveiller est Antoine Semenyo. L’ailier de City hérite du rôle de leader offensif en l’absence de Kudus. Rapide, incisif, capable d’éliminer en un contre un, il vit un Mondial pour confirmer son statut parmi les meilleurs ailiers africains de sa génération.
Mondial 2026 : l’Afrique a une carte à jouer
Sur les dix équipes africaines qualifiées pour la Coupe du monde 2026, seules quatre affichent une probabilité réelle de franchir la phase de groupes selon les chiffres d’Opta. Mais les probabilités n’ont jamais raconté toute l’histoire du football africain.
En 2002, le Sénégal a éliminé la France, championne du monde en titre. En 2010, le Ghana a atteint les quarts de finale. En 2022, le Maroc est allé en demi-finale, une première pour le continent. Cinq des dix nations africaines n’ont jamais passé la phase de Groupes : Égypte, Afrique du Sud, Tunisie, Côte d’Ivoire et RD Congo. Cette Coupe du monde 2026 est leur fenêtre.
L’Afrique n’a jamais été aussi présente en Coupe du monde. Avec dix représentants, la densité est plus forte. Mais la concurrence interne aussi, et plusieurs grands noms du continent regarderont le tournoi depuis leur canapé.
Maroc, Sénégal, Côte d’Ivoire ou Égypte, l’une d’elles a les cartes en main pour briser définitivement le plafond de verre de la demi-finale. Il ne reste plus qu’à jouer.