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Spiro : le géant de la moto électrique boucle un tour de table de 215 millions de dollars pour sa formule de troc de batteries

Spiro : le géant de la moto électrique boucle un tour de table de 215 millions de dollars pour sa formule de troc de batteries

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Spiro, l’entreprise leader de la moto électrique en Afrique, a bouclé une levée de fonds de 215 millions de dollars auprès d’investisseurs institutionnels européens et africains. Avec 95 000 motos déployées, 2 500 stations d’échange de batteries et plus d’un milliard de kilomètres parcourus sans carburant fossile, la start-up accélère son expansion vers la République démocratique du Congo et l’Éthiopie. Pour des millions de chauffeurs de moto-taxi qui consacrent jusqu’à la moitié de leurs revenus au carburant, l’enjeu est directement celui du pouvoir d’achat.

Spiro a levé 215 millions de dollars en fonds propres pour étendre son infrastructure de mobilité électrique et d’échange de batteries à travers l’Afrique. L’opération a été soutenue par des investisseurs institutionnels européens et africains, dont Impact Fund Denmark.

Cette levée s’inscrit dans une séquence de financement rapide. Spiro avait sécurisé 100 millions de dollars en octobre 2025 : le plus grand investissement jamais réalisé dans la mobilité électrique en Afrique à ce moment.  Puis 50 millions de dollars supplémentaires en février 2026 auprès d’Afreximbank, Nithio et Africa Go Green Fund. Depuis 2022, Spiro a levé plus de 230 millions de dollars. Ce qui permet de financer des unités de production et d’assemblage au Nigeria, au Kenya, en Ouganda et au Rwanda.

Le modèle de Spiro repose sur un principe simple mais différenciant à l’échelle africaine. L’entreprise ne se contente pas de vendre des motos électriques. Elle vend ou loue les engins à des chauffeurs de moto-taxi, puis exploite des stations où les riders échangent leur batterie déchargée contre une batterie pleine en quelques minutes, remplaçant ainsi le passage à la station d’essence.

Spiro opère dans sept (7) marchés : Kenya, Rwanda, Ouganda, Togo, Bénin, Nigeria et Cameroun. L’entreprise  prévoit d’entrer en République démocratique du Congo (RDC) et en Éthiopie grâce aux nouveaux fonds. Spiro a déployé plus de 80 000 motos électriques, mis en circulation plus de 300 000 batteries, réalisé 30 millions d’échanges de batteries et établi plus de 2 500 stations d’échange. Les conducteurs ont parcouru plus d’un milliard de kilomètres sans carbone.

Lars Bo Bertram, PDG d’Impact Fund Denmark, a expliqué la logique de l’investissement : les fonds de pension danois sont mobilisés sur l’un des marchés de croissance les plus prometteurs d’Afrique, avec un fort potentiel commercial pour la moto électrique sur le continent et un impact climatique mesurable.

Moto électrique en Afrique, un marché bâti sur la dépendance au carburant importé

La moto à deux (2) roues est la colonne vertébrale du transport urbain et périurbain dans une large partie de l’Afrique. Au Kenya, on comptait plus de 1,4 million de boda bodas enregistrés en 2024, avec un nombre estimé à 1,8 million de riders, une partie d’entre eux partageant les engins. En Ouganda, Kampala seule dénombre 400 000 boda bodas en circulation.

Les services de moto-taxi, connus localement sous le nom de boda boda en Afrique de l’Est ou d’okada en Afrique de l’Ouest, sont devenus une source importante d’emploi, en particulier pour les jeunes. Ces services soutiennent aussi des activités annexes comme les ateliers de maintenance et les fournisseurs de pièces détachées.

Mais la rentabilité de ces chauffeurs reste sous pression permanente. Les chauffeurs passent 10 à 12 heures sur la route chaque jour, parcourant 150 à 200 kilomètres tout en supportant des coûts de carburant élevés, selon le CEO de Spiro, Kaushik Burman. Le marché des motos-taxis en Afrique subsaharienne est estimé à environ 80 milliards de dollars, et les investisseurs soutiennent avec enthousiasme les start-up qui cherchent à faire progresser ce secteur.

L’Afrique traverse une période de hausse des prix du carburant et de demande croissante de mobilité abordable, dans un contexte où les pays cherchent à réduire leur dépendance aux combustibles fossiles importés et à moderniser leur transport urbain. C’est précisément dans cette brèche que Spiro s’est engouffré depuis sa création.

En Afrique, la moto électrique change véritablement la vie des conducteurs

L’impact de Spiro sur le terrain se mesure d’abord en économies quotidiennes. Pour un chauffeur de moto-taxi qui dépense entre 5 et 8 dollars de carburant par jour selon les pays, passer à l’échange de batteries revient à réduire ce poste de dépense de moitié, voire davantage, selon les données opérationnelles de la start-up. Sur un revenu journalier rarement supérieur à 10 à 15 dollars, ce gain change structurellement la viabilité de l’activité.

La réduction de la consommation de carburant implique aussi une baisse des importations de carburant raffiné. Et donc une amélioration des réserves de change des pays concernés, un bénéfice macroéconomique qui s’ajoute aux gains individuels des chauffeurs de moto-taxi.

L’investissement dans Spiro traduit une confiance croissante envers le potentiel de l’échange de batteries, de la charge rapide et des autres technologies de mobilité propre en Afrique. Dans les semaines qui ont suivi l’annonce du tour de 50 millions de dollars de Spiro, Arc Ride a reçu un engagement de 5 millions de dollars de l’IFC, et Gogo Electric en Ouganda a levé 1 million d’euros auprès d’ElectriFi, signalant une confiance institutionnelle croissante dans le secteur du transport propre africain.

La prochaine étape est décisive. La RDC et l’Éthiopie représentent à elles seules plus de 200 millions d’habitants, avec des villes en forte croissance, des taux d’urbanisation élevés et des économies informelles où la moto-taxi occupe une place centrale dans la mobilité quotidienne. Pénétrer ces deux marchés ferait de Spiro un acteur incontournable à l’échelle du continent, bien au-delà de son statut actuel de leader régional.

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