Face à des financements internationaux de plus en plus rares, un nombre croissant de pays africains choisit de mobiliser leur propre épargne pour financer leurs infrastructures. Le Togo s’apprête à rejoindre ce mouvement régional. Le Conseil des ministres du 8 juillet 2026 a adopté un projet de loi pour créer une Caisse des dépôts et consignations, un outil déjà présent chez plusieurs voisins du pays.
Le gouvernement togolais, réuni en Conseil des ministres le mercredi 8 juillet 2026 à Lomé, sous la présidence de Faure Essozimna Gnassingbé, a adopté un projet de loi portant création d’une Caisse des dépôts et consignations (CDC).
Pensée comme un tiers de confiance entre l’État et les acteurs privés, cette future institution publique devra collecter et conserver des fonds publics et privés, recevoir les dépôts et consignations d’origine administrative ou judiciaire, et les cautionnements, afin de faire fructifier ces ressources à travers des placements sécurisés.
Les ressources mobilisées par la Caisse des dépôts et consignations seront réinjectées dans l’économie togolaise sous forme de financements de long terme, destinés en priorité aux projets structurants alignés sur les grandes orientations du développement national. Le gouvernement togolais justifie cette création par un contexte international plus contraignant, marqué par une raréfaction des financements extérieurs et des tensions persistantes sur les marchés de capitaux.
Le Togo n’invente rien avec cette Caisse des dépôts et consignations. Le Sénégal a ouvert la voie dès 2006, en créant sa propre institution. Le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et le Niger ont depuis suivi cette même trajectoire, tout comme la Mauritanie. Cette création togolaise intervient alors que le pays multiplie, depuis plusieurs années, les réformes destinées à structurer son environnement fiscal, juridique et financier, dans un objectif affiché de continuité plutôt que de rupture.
Caisse des dépôts et consignations : une double vocation, fiduciaire et développementale
La Caisse des dépôts et consignations togolaise cumule deux fonctions distinctes. La première, fiduciaire, consiste à sécuriser des fonds qui, par nature, appartiennent à des tiers, qu’il s’agisse de consignations judiciaires ou de cautionnements administratifs.
La seconde, développementale, transforme cette épargne captive en capital patient, mobilisable pour des investissements que les banques commerciales locales, plus attentives à la liquidité à court terme, financent plus difficilement.
Cette double vocation explique l’attrait de l’instrument pour des États confrontés à une contrainte budgétaire croissante. Une Caisse des dépôts et consignations ne crée pas de ressources nouvelles. Elle recycle des fonds déjà présents dans le circuit économique nationale, mais dispersés, pour les orienter vers des emplois de long terme.
Le projet de loi doit désormais suivre le circuit parlementaire, avec un examen prévu devant l’Assemblée nationale et le Sénat togolais. Cette étape législative précisera vraisemblablement le statut juridique exact de l’institution, ses règles de gouvernance et l’étendue de ses missions, des points qui n’ont pas encore été détaillés publiquement.
L’expérience des Caisses des dépôts voisines montre que leur utilité dépend moins de leur création formelle que de la discipline avec laquelle l’État respecte l’affectation prévue de leurs ressources, plutôt que d’y puiser pour combler des besoins de trésorerie immédiats.