C’est la fin d’un feuilleton de plus de dix ans : le 23 juin 2026, le port sec de Parakou a traité ses premières marchandises. Une cargaison de coton de la SODECO a été acheminée vers le Port de Cotonou par le transporteur Atral. Si ce premier flux reste modeste, il valide enfin l’exploitation de cette mégainfrastructure privée béninoise, longtemps paralysée par les procédures et les bras de fer judiciaires.
Les premières caisses de coton ont quitté le port sec de Parakou à destination du Port autonome de Cotonou le 23 juin 2026. Dix ans après sa conception, cette plateforme multimodale portée par Samuel Dossou-Aworet et son Groupe Petrolin entre enfin en phase opérationnelle. Elle constitue le premier maillon livré du Backbone Project, un corridor logistique pensé pour desservir les pays enclavés du Sahel depuis la côte béninoise.
Le Port sec de Parakou constitue une composante centrale du Projet Épine Dorsale, vaste programme intégré d’infrastructures comprenant également le futur port en eau profonde de Sèmè-Podji, l’aéroport international de Kraké et la réhabilitation de la ligne ferroviaire Cotonou-Parakou assortie de son prolongement jusqu’à Niamey. L’ensemble est conçu pour créer un corridor multimodal entre le golfe de Guinée et les pays sahéliens enclavés (Niger, Burkina Faso, Mali) et le nord du Nigeria.
Le chemin parcouru depuis 2010 a rarement été rectiligne. Petrolin a remporté la concession ferroviaire Cotonou-Parakou-Dosso-Niamey par appel d’offres international en 2010, un droit que la Cour suprême du Bénin a dû réaffirmer en 2017 après ce que le groupe a décrit comme une tentative illégale de lui retirer ses droits. Le site était physiquement achevé depuis plusieurs mois quand, en juillet 2024, Dossou-Aworet a annoncé que la filiale PIC International venait d’obtenir les dernières autorisations d’exploitation.
Port sec de Parakou : le Bénin active enfin son corridor logistique vers le Sahel
Le directeur du port sec de Parakou, Rodrigue Alia, a annoncé l’ouverture de l’infrastructure à l’ensemble des opérateurs économiques, importateurs comme exportateurs. Entrepôts, magasins de stockage et équipements de manutention sont désormais opérationnels pour assurer le traitement des flux commerciaux en provenance ou à destination des marchés nationaux, régionaux et internationaux. Le hangar principal couvre 6 400 mètres carrés pour une capacité de stockage de 48 000 mètres cubes.
Choisir le coton comme première cargaison n’a rien d’arbitraire. Le Bénin est le premier producteur ouest-africain de coton, mais sa production a glissé sous les 500 000 tonnes lors des trois dernières campagnes, après avoir dépassé 700 000 tonnes. Pour relancer la filière, le gouvernement a annoncé début juin une prime de 10 francs CFA par kilogramme si la production 2026-2027 passe à nouveau ce seuil avec une enveloppe estimée à 7 milliards de francs CFA. Les volumes traités à Parakou dans les prochains mois dépendront directement de la santé de cette filière.
La plateforme est raccordée physiquement à la voie ferrée Cotonou-Parakou. Mais cette liaison ne suffit pas. Le projet de réhabilitation et d’extension de la ligne entre Cotonou et Parakou n’a pas encore été réalisé, ce qui prive le port sec de Parakou d’une connexion ferroviaire fonctionnelle. Les conteneurs transitent donc uniquement par la route. C’est la limite opérationnelle la plus concrète du site à ce stade.
Par ailleurs, le programme de la Millennium Challenge Corporation, qui devait financer à hauteur de 504 millions de dollars le corridor reliant Cotonou à Niamey, est actuellement en pause. Sans ce financement, la montée en puissance du corridor dépend de sources alternatives que le Groupe Petrolin n’a pas encore rendues publiques.
Samuel Dossou-Aworet a construit sa fortune dans le pétrole. Né à Porto-Novo, ingénieur pétrolier de formation, il a dirigé la Direction des hydrocarbures du Gabon pendant plus d’une décennie et présidé le Conseil des gouverneurs de l’OPEP avant de fonder Petrolin à Londres en 1992. Le Backbone Project est son pari le plus lourd, une infrastructure autofinancée sur quinze ans pour relier le Bénin à son hinterland sahélien.
