Le Conseil d’administration de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) a approuvé, à l’occasion de sa 151ᵉ session, une enveloppe de 102,36 milliards FCFA en faveur du Mali, répartie entre l’énergie solaire, les infrastructures scolaires et le financement des PME. Mais ce financement intervient dans un secteur électrique malien dont le déficit cumulé dépasse 260 milliards FCFA, posant la question de savoir si une centrale solaire supplémentaire peut réellement inverser une trajectoire structurellement compromise.
La BOAD consacre 44,36 milliards FCFA à la construction d’une centrale solaire photovoltaïque de 50 MWc à Tiètiguila, dans la région de Koulikoro. Le décaissement a été approuvé lors de la 151ᵉ session du Conseil d’administration tenue le 26 juin 2026 à Lomé.
Le projet, doté d’un système de stockage de 25 MW/50 MWh, doit accroître la part des énergies renouvelables dans le mix électrique national. Mais ce financement s’ajoute à une longue liste de tentatives similaires, dans un pays où la compagnie publique Énergie du Mali (EDM) traîne une dette restructurée de 261 milliards FCFA et où les coupures d’électricité continuent de paralyser les ménages et les entreprises.
Le diagnostic du secteur électrique malien est documenté depuis plusieurs années. EDM, opérateur historique, a vu son résultat net plonger à un déficit de plus de 209 milliards FCFA en 2022, contre une perte de 55 milliards FCFA l’année précédente. Une dégradation de 481 % en un an.
La cause principale est connue : la part de la production thermique, alimentée par des hydrocarbures importés et soumise aux variations des cours mondiaux, est passée de 38 % en 2017 à plus de 50 % en 2022, tandis que l’hydroélectricité reculait de 41 % à 31 % sur la même période.
Cette dépendance aux énergies fossiles a un coût direct sur la compétitivité du pays. Selon Coface, le Mali affiche aujourd’hui le prix de l’électricité le plus élevé de la région, à 130 FCFA le kilowattheure, un niveau qui pénalise directement l’industrie et les petites entreprises.
En 2024, une convention de restructuration a étalé la dette bancaire d’EDM, alors évaluée à près de 300 milliards FCFA, sur dix ans. En novembre 2025, l’État a dû débourser un nouveau soutien d’urgence de 6,2 milliards FCFA pour maintenir l’exploitation des centrales. Malgré ces interventions répétées, les coupures d’électricité sont réapparues dès janvier 2026 dans plusieurs quartiers de Bamako, signe que les mesures correctives n’ont pas encore produit d’effet structurel.
Secteur électrique malien : le défi d’effacer une crise énergétique et une dette de 260 milliards FCFA
Au cœur de cette dynamique, le financement de la centrale de Tiètiguila. Le projet n’est pas isolé. Le gouvernement malien a déjà engagé, entre fin mai et juin 2024, la construction de centrales solaires à Safo (100 MW), Sanankoroba (200 MW) et Tiakadougou-Dialakoro (100 MW), avec un objectif assumé de réduire la dépendance au thermique.
La centrale financée par la BOAD vient s’ajouter à cette dynamique, sans pour autant constituer, à elle seule, une réponse suffisante à un déficit de production estimé à 1,3 milliard de dollars d’investissement nécessaire pour atteindre l’accès universel à l’électricité, selon des études citées par Africanews.
Les deux autres volets du financement BOAD obéissent à une logique différente, celle du renforcement structurel hors énergie. Les 48 milliards FCFA destinés aux infrastructures scolaires visent la construction et la réhabilitation d’établissements sur l’ensemble du territoire, un investissement dans le capital humain considéré comme moteur de compétitivité à long terme.
La ligne de refinancement de 10 milliards FCFA accordée à la Banque Sahélo-Saharienne pour l’Investissement et le Commerce Mali (BSIC SA Mali) cible quant à elle le financement à moyen terme des micro, petites et moyennes entreprises, des projets verts et de l’entrepreneuriat féminin, un canal de financement direct vers un tissu économique qui souffre justement, en première ligne, des coupures d’électricité à répétition.
La cohérence de ce paquet de 102,36 milliards FCFA tient précisément dans cette articulation. Une PME malienne qui investit grâce au refinancement de la BSIC n’aura aucun bénéfice si elle continue de subir des délestages quotidiens. L’éducation ne produira sa pleine valeur économique que si les diplômés trouvent un tissu productif fonctionnel pour les absorber.
Le vrai test ne sera donc pas la mise en service de la centrale de Tiètiguila en elle-même, mais la capacité du Mali à transformer une succession de financements ponctuels en une trajectoire énergétique réellement stabilisée, ce qu’aucune des interventions précédentes n’est encore parvenue à produire.