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Les fintechs africaines font du Golfe leur nouveau terrain de jeu

Les fintechs africaines Les fintechs africaines

Les fintechs africaines ont choisi le Golfe comme base de leur expansion internationale. De Dubaï à Riyad, ces entreprises ciblent des millions de travailleurs migrants africains pour bousculer un marché de transferts de fonds évalué à plus de 100 milliards de dollars. Un mouvement qui redessine la carte de la finance mondiale.

La start-up égyptienne MNT-Halan propose désormais des solutions de financement de salaires aux Émirats arabes unis. Paymob détient une licence complète de la Banque centrale des Émirats arabes unis et opère dans trois pays du Golfe. La Nigériane Innovate1Pay gère ses opérations internationales depuis le quartier de Jumeirah à Dubaï depuis 2019. Flutterwave, déjà présente en Arabie saoudite et à Bahreïn, finalise son implantation aux Émirats. Les fintechs africaines ne font plus que passer par le Golfe. Elles s’y installent.

Ce déploiement ne relève pas du hasard. Selon la Banque mondiale, le total des envois de fonds vers l’Afrique a atteint 109 milliards de dollars en 2024. Environ un tiers provient des pays du Golfe, où vivent et travaillent entre 3 et 5 millions de migrants africains. Le coût moyen d’un transfert dans ce corridor dépasse 8 à 9 % par transaction, selon les données du Groupe de la Banque mondiale sur les prix des envois de fonds. Ce chiffre figure parmi les plus élevés au monde. Et la majorité de ces transferts se fait encore en espèces.

C’est précisément cette brèche que la ghanéenne Zeepay entend combler. Présente dans 25 pays, elle vise les Émirats arabes unis comme porte d’entrée dans le Golfe. Plutôt qu’un bureau indépendant, elle privilégie des partenariats avec des acteurs du paiement numérique établis à Dubaï et Abou Dabi pour tester la demande. Kojo Amofa, responsable des partenariats chez Zeepay, souligne que les travailleurs migrants ont un besoin urgent de moyens plus rapides et moins coûteux pour envoyer de l’argent à leurs familles.

La logique est claire : là où les banques classiques et les opérateurs traditionnels imposent des frais prohibitifs, les fintechs africaines proposent des solutions numériques moins chères et plus rapides. Pour des millions de familles sur le continent, cette différence est concrète et immédiate.

Les fintechs africaines, nouvelles cibles des capitaux du Golfe

L’attrait du corridor ne se limite pas aux envois de fonds. En 2025, les fintechs africaines ont levé 1,5 milliard de dollars à travers 150 opérations. C’est selon les données du cabinet Briter Bridges. Les fonds souverains et les family offices du Golfe en sont des acteurs de plus en plus visibles. Cette dynamique s’inscrit dans une projection du Boston Consulting Group selon laquelle les revenus des fintechs africaines pourraient atteindre 65 milliards de dollars d’ici 2030, contre moins de 5 milliards aujourd’hui.

Moove.io a exploité cet appétit dès 2022 en levant 30 millions de dollars via un sukuk auprès de Franklin Templeton à Dubaï. Au Kenya, M-Pesa a noué un partenariat avec la Fondation ADI des Émirats arabes unis, (soutenue par IHC, un conglomérat de 240 milliards de dollars présidé par le frère du président des Émirats), pour explorer les applications de la blockchain dans les infrastructures de paiement. Ce rapprochement entre capital du Golfe et technologie africaine dépasse le simple investissement financier. Il produit des alliances industrielles avec des effets durables sur la structure du secteur.

Pour les populations africaines de la diaspora dans le Golfe, cette transformation a des implications directes. Des transferts moins coûteux signifient davantage d’argent qui parvient aux familles. Des services de crédit et de banque numérique adaptés signifient un accès à des outils financiers dont ces travailleurs sont souvent privés. Les fintechs africaines ne vendent pas seulement un produit. Elles répondent à une exclusion structurelle.

Les paiements numériques dominent encore le paysage. Mais le financement des PME, le crédit et les services bancaires complets constituent la prochaine étape visible. À mesure que les fintechs africaines consolident leur présence dans le Golfe, ce corridor cesse d’être un projet secondaire. Il devient un pilier de leur stratégie de croissance mondiale.

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