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Infibranches : le trublion de la FinTech à l’assaut du double verrou de l’exclusion africaine

Infibranches : le trublion de la FinTech à l’assaut du double verrou de l’exclusion africaine

Infibranches Infibranches
African american technician checks the maintenance of the solar panels. Group of three black engineers meeting at solar station.

Au Nigeria, la start-up Infibranches combine l’énergie solaire hors réseau et l’inclusion financière pour servir les communautés rurales et périurbaines. Avec 55 000 clients atteints dans plus de 300 communautés, elle répond à deux déficits qui se nourrissent l’un l’autre. Son modèle attire déjà des investisseurs de poids.

Au Nigeria, couper le courant n’est pas un incident. C’est le quotidien. Le Nigeria affiche le plus grand déficit d’accès à l’électricité au monde, avec 45 % de sa population privée d’énergie fiable. Pour des millions de familles rurales et périurbaines, cette réalité se double d’une exclusion financière tout aussi profonde. C’est précisément ce double problème qu’Infibranches a décidé d’affronter depuis sa fondation en 2019.

Au départ, l’entreprise opère comme une société de services financiers. Elle cherche à améliorer l’accès au crédit et aux paiements dans les zones mal desservies. Très vite, ses équipes font une observation déterminante : la majorité des personnes sans services financiers vivent également sans électricité fiable. Les deux exclusions ne sont pas parallèles ; elles sont liées. Infibranches décide alors d’élargir son champ d’action pour traiter les deux à la fois.

La start-up a adapté les réseaux d’agents bancaires, déjà actifs dans l’inclusion financière rurale, pour aider les fournisseurs de systèmes solaires à atteindre de nouveaux clients. Chaque client est d’abord profilé : besoins énergétiques, localisation géographique, capacité de paiement. Il est ensuite mis en relation avec la solution solaire adaptée et un financement flexible, que ce soit en mode PAYG (paiement à l’utilisation) ou BNPL (achat maintenant, paiement différé).

La plateforme d’Infibranches prend en charge l’intégralité du parcours : intégration, paiements mobiles, surveillance à distance via l’IoT, assistance après-vente et rapports d’impact. Ce dispositif transforme une demande fragmentée et informelle en flux de trésorerie prévisibles et traçables, un gage de crédibilité pour les fournisseurs d’énergie et les partenaires financiers. Selon son PDG Olusola Owoyemi, cela permet de réduire les risques et les coûts, ouvrant la voie à un accès durable à l’énergie propre.

Le résultat est mesurable. Depuis sa création, Infibranches a fourni de l’énergie solaire hors réseau à plus de 55 000 clients finaux dans plus de 300 communautés à travers le Nigeria. Elle s’appuie sur plus de 40 partenaires actifs qui exploitent son infrastructure.

Infibranches, l’énergie solaire hors réseau comme réponse à une double exclusion systémique

Le défi qu’Infibranches tente de résoudre est massif. À travers l’Afrique subsaharienne, environ 600 millions de personnes (près de la moitié de la population) n’ont pas accès à l’électricité. En 2022, 685 millions de personnes vivaient encore sans accès à l’électricité dans le monde, et le monde n’est toujours pas en voie d’atteindre l’Objectif de développement durable numéro 7 sur l’énergie propre, selon un rapport conjoint de l’AIE, de l’IRENA, de la Banque mondiale et de l’OMS.

Au Nigeria en particulier, la situation reste alarmante pour des populations qui jonglent entre bougies, kérosène et générateurs diesel. Des substances coûteuses, bruyantes et polluantes. Ce manque d’énergie empêche les petits commerçants de conserver leurs produits, les élèves d’étudier après la tombée de la nuit, et les entrepreneurs d’envisager une quelconque planification économique.

All On, le fonds d’investissement soutenu par Shell, a investi 2 millions de dollars dans Infibranches, son directeur général Wiebe Boer estimant que la start-up combine la fintech et les énergies renouvelables d’une façon inédite au Nigeria et qu’elle permettra des dizaines de milliers de nouvelles connexions électriques.

Le modèle de revenus d’Infibranches repose sur trois piliers complémentaires. D’abord, des commissions sur les transactions de paiements numériques pour l’énergie, les services publics et les services financiers, traitées via son réseau d’agents. Ensuite, la vente et la distribution de systèmes solaires résidentiels, grâce à des partenariats avec des fabricants d’équipement qui lui permettent de proposer des prix compétitifs. Enfin, des frais de service API facturés aux fintechs et fournisseurs d’énergie qui utilisent son infrastructure pour servir leurs propres clients.

Cette diversification garantit des revenus récurrents et rend le modèle moins vulnérable aux fluctuations d’un seul canal. L’entreprise prévoit une expansion prochaine au Ghana et au Kenya, deux marchés où le déficit d’accès à l’énergie hors réseau reste considérable.

Ce que construit Infibranches dépasse la simple distribution de panneaux solaires. En combinant infrastructure financière et énergie solaire hors réseau, la start-up nigériane s’attaque à la racine d’un problème structurel : sans électricité, pas d’activité économique ; sans services financiers, pas de moyen de payer l’électricité. Briser ce cercle, c’est l’ambition centrale de son modèle.

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