Le Document de programmation budgétaire et économique pluriannuel (DPBEP) 2027-2029, publié par le ministère sénégalais des Finances, projette des recettes issues des hydrocarbures à 703,2 milliards FCFA sur trois ans. Ces chiffres, tirés des projections du Comité d’évaluation et de prévisions des recettes d’hydrocarbures, marquent une révision à la hausse par rapport aux estimations précédentes et confirment la montée en puissance progressive de la rente pétrolière et gazière dans les finances publiques sénégalaises.
Trois ans après le premier baril extrait du champ de Sangomar, le Sénégal commence à chiffrer avec plus de précision ce que ses hydrocarbures vont réellement rapporter à l’État. Le DPBEP 2027-2029 du ministère des Finances projette des recettes totales de 703,2 milliards FCFA sur la période, réparties en 397,8 milliards FCFA en 2027, 168 milliards FCFA en 2028 et 137,4 milliards FCFA en 2029. Des chiffres qui tranchent avec la prudence affichée dans les documents précédents et qui posent autant de questions qu’ils n’apportent de réponses.
La trajectoire des projections sénégalaises en matière d’hydrocarbures a été chaotique depuis le début de l’exploitation. En 2022, le DPBEP tablait sur 888 milliards FCFA pour la seule période 2023-2025. Les retards de production et les conditions contractuelles ont ramené les recettes réelles bien en dessous.
Le DPBEP 2026-2028, publié au début de l’année 2026, n’anticipait plus que 227,2 milliards FCFA sur trois ans : 61,5 milliards en 2026, 91,9 milliards en 2027 et 73,7 milliards en 2028, un chiffre que des analystes avaient qualifié de surprenant tant il semblait modeste au regard du potentiel annoncé.
Le DPBEP 2027-2029 inverse cette tendance avec une révision à la hausse marquée. La projection de 397,8 milliards FCFA pour la seule année 2027 représente plus de quatre fois l’estimation formulée pour cette même année dans le document précédent. Cette correction s’explique en partie par la montée en régime des deux projets structurants du secteur. Le champ pétrolier de Sangomar, opéré par l’australien Woodside à hauteur de 82 %.
Petrosen, détenant les 18 % restants, devrait atteindre son plateau de production autour de 100 000 barils par jour. Le projet gazier transfrontalier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), développé conjointement avec la Mauritanie et dont la production commerciale a démarré en 2025, doit contribuer à hauteur de 30,2 Tbtu de gaz naturel liquéfié dans sa première phase.
La répartition annuelle des recettes projetées (forte en 2027, en net recul en 2028 et 2029) reflète la structure même des contrats de partage de production. Les premières années de production à plein régime sont celles où les coûts pétroliers ont été les plus largement récupérés par les opérateurs.
Une fois ce recouvrement achevé, la part revenant à l’État augmente mécaniquement. La décroissance observée en 2028 et 2029 suggère une vision prudente des volumes produits et des cours futurs, ou une prise en compte de la fin progressive du plateau de production de Sangomar.
Ces recettes d’hydrocarbures du Sénégal s’inscrivent dans un cadre légal défini par la loi n°2022-19 du 19 avril 2022, qui fixe la répartition des revenus entre le budget général (au maximum 90 %), le fonds intergénérationnel (au minimum 10 %) et un fonds de stabilisation. L’affectation prioritaire vise les dépenses d’investissement dans les secteurs de la santé, de l’éducation et de l’eau.
Au plan macroéconomique, le DPBEP 2027-2029 projette des recettes totales du budget général à 18 286 milliards FCFA sur la période triennale, avec des recettes internes progressant de 5 527 milliards FCFA en 2027 à 6 224,2 milliards FCFA en 2029, soit une hausse annuelle moyenne de 6,1 %. La pression fiscale devrait atteindre en moyenne 21,2 % du PIB.
Les hydrocarbures représentent donc une contribution notable mais pas dominante dans les finances publiques sénégalaises. C’est environ 3,8 % du PIB selon les projections sectorielles. C’est précisément ce décalage entre les espoirs placés dans la rente pétrolière et les retombées réelles qui continue d’alimenter le débat public au Sénégal.
Un pays dont le FMI évalue la croissance à 6,7 % en 2025 mais dont le dossier de misreporting (5 milliards de dollars de dette non déclarée) reste ouvert. La vraie question n’est pas de savoir combien les hydrocarbures vont rapporter. Elle est de savoir dans quelles conditions budgétaires ces recettes vont arriver.