Nommé le 21 avril 2026 à la tête du Conseil de régulation de l’ARTCI, Roger Adom prend en main le gendarme des télécoms ivoiriens après un parcours qui traverse Capgemini, EY, Orange, la BAD, Vivendi et deux portefeuilles ministériels. Un profil que peu de régulateurs africains peuvent aligner. Portrait.
Devant le président de chambre de la Cour d’appel d’Abidjan, Roger Adom prêtait serment le 7 mai 2026, pour prendre la tête du Conseil de régulation de l’Autorité de Régulation des Télécommunications/TIC de Côte d’Ivoire. Il jurait d’exercer ses fonctions avec probité, neutralité et impartialité. Quatre jours plus tard, la cérémonie officielle de passation de charges avait lieu au siège de l’ARTCI à Marcory Anoumabo. Un moment qui marque le retour d’un homme dans un secteur qu’il n’a en réalité jamais vraiment quitté.
Roger Adom est né un 7 août à Paris de parents ivoiriens qui appartiennent à la noblesse agni. Son père, Nanan Boa Kouassi III, est le roi de l’Indénié. Il grandit en Côte d’Ivoire, dans cette région de l’est du pays dont Abengourou est le chef-lieu, au cœur d’un territoire où l’autorité coutumière reste une réalité vivante. Titulaire d’un baccalauréat scientifique, il part ensuite à Nantes pour y préparer son diplôme d’ingénieur.
Ce départ pour la France suit une trajectoire connue dans les familles de la haute bourgeoisie ivoirienne : les études en métropole, les premières années de carrière à Paris, puis le retour. Mais dans le cas de Roger Adom, le retour se fera sur des bases professionnelles solides, construites sur quinze ans dans les grands cabinets et opérateurs parisiens, avant qu’Abidjan ne redevienne le centre de gravité de tout ce qui suivra.
Trente ans dans le même secteur
Roger Adom est diplômé de l’École nationale supérieure de mécanique, devenue Centrale Nantes, et titulaire d’un MBA de l’Institut d’administration des entreprises de Paris. Deux formations qui dessinent très tôt un profil hybride. L’homme est un rigoureux de l’ingénierie, à une culture du management et un fort appétit pour les organisations complexes.
Il démarre sa carrière en 1990 à Paris, chez Capgemini, comme consultant puis directeur de projets. En 1997, il rejoint Ernst & Young à Paris puis à Abidjan, comme directeur Afrique francophone chargé du développement du conseil. En 2003, il est recruté par Orange pour prendre la direction des systèmes d’information d’Orange Côte d’Ivoire, avant d’être promu directeur général adjoint.
Le technocrate ivoirien est muté en 2010 au siège d’Orange France à Paris, où il prend la direction des systèmes d’information de la zone Afrique, Moyen-Orient et Asie. Sept ans chez l’opérateur dominant du marché ivoirien, depuis Abidjan puis depuis Paris. À ce stade, Roger Adom connaît le marché des télécoms ivoirien et africain de l’intérieur ; ses infrastructures, ses limites, ses dynamiques concurrentielles.
En mars 2017, il rejoint la Banque africaine de développement (BAD) à Abidjan comme directeur des technologies de l’information. Un passage dans une institution multilatérale qui lui donne une lecture différente, celle des politiques de développement numérique à l’échelle continentale. En mars 2020, Vivendi le nomme directeur général de Vivendi Afrique en Côte d’Ivoire. Il y reste quelques mois avant que le gouvernement ivoirien ne le rappelle.
Deux portefeuilles ministériels pour Roger Adom, mais un même secteur

En mai 2020, le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly nomme Roger Adom ministre de la Modernisation de l’administration et de l’Innovation du service public. Le 6 avril 2021, il est reconduit au gouvernement, cette fois comme ministre de l’Économie numérique, des Télécommunications et de l’Innovation, en succession de Mamadou Sanogo.
Au ministère, il pilote la dématérialisation de plusieurs services publics, accompagne la mise en place de la numérotation téléphonique étendue de 8 à 10 chiffres et lance la transition de la télévision analogique vers la TNT. Lors de la cérémonie de passation de charges en avril 2021, il est élevé au rang de commandeur de l’Ordre du Mérite ivoirien de l’Économie numérique. En avril 2022, le remaniement ministériel ne le reconduit pas à son poste.
À l’ARTCI, son prédécesseur, Dr Coty Souleymane Diakité, a remis un bilan marqué par les travaux préparatoires au lancement de la 5G, l’encadrement des services satellitaires NGSO, le renforcement du dialogue avec les acteurs de l’écosystème numérique et plus de 1 000 décisions impactant le secteur des communications électroniques.
Sa nomination s’appuie notamment sur la loi nᵒ 2024-352 du 6 juin 2024 relative aux communications électroniques, un nouveau cadre législatif qui redéfinit les missions du régulateur dans un environnement transformé par le mobile money, l’internet satellitaire et l’intelligence artificielle.
Lors de la 9e conférence du Réseau africain des autorités de protection des données personnelles tenue à Abidjan, Roger Adom posait d’emblée le cadre de son mandat avec une formule sans ambiguïté : « Il ne peut y avoir de souveraineté numérique sans maîtrise des données. »
Son mandat de six ans, non renouvelable, court jusqu’en 2032. Le secteur des télécoms ivoirien, troisième économie d’Afrique de l’Ouest, entre dans cette période avec des dossiers ouverts, notamment le déploiement de la 5G, la régulation des plateformes numériques, la protection des données personnelles et la couverture des zones rurales.
Pour les piloter, le nouveau président du Conseil de régulation peut s’appuyer sur un fait rare : il a été, tour à tour, consultant, opérateur, banquier de développement, patron de groupe médias et ministre du même secteur.
