Surnommée le « Heroku pour l’IA en Afrique », la start-up Yamify a bouclé une première tranche de financement de pré-amorçage auprès du fonds Pan-Africain Launch Africa Ventures. Son objectif est de déployer une infrastructure cloud locale afin de lever les barrières logistiques et financières qui freinent les développeurs du continent.
Un développeur à Kinshasa, Lagos ou Johannesburg peut aujourd’hui passer des heures à contourner la latence des serveurs européens, les paiements internationaux bloqués et le coût prohibitif des GPU. Yamify a bâti son modèle sur ce constat, et vient d’obtenir une première tranche de financement de pré-amorçage auprès du fonds Launch Africa Ventures pour accélérer son déploiement d’infrastructure cloud IA en Afrique.
Fondée par Luc Okalobé, fort de quinze (15) ans d’expérience en Silicon Valley dans la construction d’infrastructures cloud pour Apple, Yahoo, Salesforce, TikTok, Pinterest et IBM, Yamify propose une plateforme d’infrastructure cloud IA hébergée localement depuis le data center Tier III d’OADC à Kinshasa. Le fondateur a pris la mesure du problème en rentrant au Congo-Brazzaville et en constatant à quel point l’accès à une IA fiable restait difficile pour les développeurs et organisations africaines.
La plateforme, surnommée « Heroku pour l’IA en Afrique », permet aux développeurs de déployer des stacks IA alimentées par GPU depuis des data centers africains locaux en moins de soixante (60) secondes, avec des abonnements réglables en naira, M-Pesa ou MTN MoMo, sans carte Visa internationale ni équipe DevOps interne.
Yamify est entrée en bêta privée en juillet 2025, avec plus de 1 500 développeurs et startups sur sa liste d’attente, dont Vaultpay.io, soutenu par Y Combinator. Le premier financement de 100 000 dollars avait été apporté par Felix Anane, un des premiers investisseurs de Paystack. La startup engage désormais un tour de pré-amorçage, dont une première tranche vient d’être bouclée avec Launch Africa Ventures.
Un partenariat local pour ancrer l’infrastructure cloud IA en Afrique
Les fonds levés serviront à réduire les risques liés à la distribution initiale avec deux partenaires stratégiques. En s’appuyant sur OADC Texaf à Kinshasa, Yamify permet aux entreprises de faire tourner des workflows d’IA en local de manière fiable, même dans des environnements marqués par des coupures de courant et une connectivité intermittente.
Mohammed Bouhelal, directeur général d’OADC Texaf Kinshasa, souligne que l’hébergement de plateformes comme Yamify dans ses installations permet aux organisations de déployer des charges de travail intelligentes au plus près des utilisateurs, en améliorant performance, fiabilité et souveraineté des données.
Le deuxième partenaire, Cassava AI, apporte une dimension continentale au projet. Cassava Technologies, premier partenaire cloud de Nvidia sur le continent, déploie des usines d’IA en Afrique du Sud avec des plans d’extension vers le Nigeria, le Kenya, l’Égypte et le Maroc.
Sa plateforme CAIMEx permet aux développeurs africains d’accéder aux grands modèles de langage mondiaux pour construire, affiner et déployer des applications IA. L’alliance de Yamify avec cet acteur renforce sa capacité de distribution à l’échelle du continent.
En hébergeant ses charges de calcul localement, Yamify transforme les exigences de résidence des données en Afrique francophone en un avantage défensif que les grands fournisseurs cloud mondiaux ne peuvent pas facilement reproduire.
Ce que ce financement change pour les développeurs africains
Le modèle économique de Yamify repose sur un avantage de coût construit autour de l’infrastructure open source comme Kubernetes et de la mise hors tension automatique des charges inactives.
« Les hyperscalers ne coupent rien pour vous. Nous, oui », résume Luc Okalobé. Les abonnements démarrent à 15 dollars par mois pour les indépendants et à 500 dollars par an pour les agences, avec un niveau gratuit pour les tests.
Pour les milliers de fintechs et agences web du continent qui ne peuvent ni payer en dollars ni absorber la latence d’un serveur à Francfort, ce modèle répond à un besoin structurel.
Les projections pour 2026 estiment que l’IA pourrait ajouter jusqu’à 2 900 milliards de dollars au PIB africain d’ici 2030, à condition que l’infrastructure soit en place. Sans solutions locales d’infrastructure cloud IA Afrique, le continent risque de fournir les données sans produire la valeur.
Yamify mise sur l’inverse : que l’intelligence artificielle soit produite et déployée là où les utilisateurs africains en ont besoin.