Au Nigeria, plus de 70 % de la population reste sans aucune couverture d’assurance. La startup Myka, courtier numérique agréé, a clôturé un tour de table pré-amorçage pour changer la donne. Derrière ce pari, l’entrepreneur Sim Shagaya, fondateur de Konga et uLesson, et une équipe d’investisseurs de premier plan.
Portée sur les fonds baptismaux en 2025 par Sim Shagaya, Muritala Ahmed et Oluwadamilola Okenla, Myka a levé des fonds pré-amorçage auprès d’un groupe d’investisseurs qui comprend Ventures Platform en chef de file, TLcom, ainsi que des fondateurs influents : Shola Akinlade de Paystack, Ridwan Olalere de LemFi et Olumide Soyombo de Voltron Capital. Le montant exact de l’opération n’a pas été divulgué.
Myka opère comme courtier d’assurance numérique sous licence, placé sous la supervision de la Commission nationale des assurances du Nigeria (NAICOM). La plateforme permet aux particuliers et aux PME de comparer et de souscrire des produits d’assurance auprès de plusieurs assureurs, en temps réel. Les domaines concernés sont entre autres, la santé, automobile, téléphonie, habitation, voyage.
La logique de Shagaya n’est pas de réinventer l’assurance, mais de corriger un défaut de distribution. Myka entend ainsi reproduire ce que le banking par agents a accompli pour la bancarisation : amener le service là où se trouvent déjà les utilisateurs.
Un marché de 4 000 milliards de nairas, largement non distribué
L’assurance numérique au Nigeria évolue dans un paradoxe saisissant. Le secteur affichait plus de 4 000 milliards de nairas, soit environ 2,9 milliards de dollars, d’actifs totaux au quatrième trimestre 2025, selon les données de la NAICOM. Pourtant, cette solidité financière profite presque exclusivement aux grandes entreprises, qui souscrivent des polices collectives pour leurs salariés.
Le Nigérian ordinaire reste en dehors du système. Selon le Conseil nigérian des courtiers d’assurance agréés (NCRIB), plus de 70 % de la population demeure non assurée en 2025. Les dépenses de santé supportées directement par les ménages représentent plus de 70 % de l’ensemble des frais médicaux du pays. Une urgence médicale, un accident de voiture ou un sinistre sur le logement peut suffire à ruiner une famille.
C’est dans cette faille que s’inscrit Myka. La plateforme mise sur des canaux numériques et physiques que les Nigérians utilisent déjà au quotidien, pour rendre l’assurance numérique accessible sans friction. Le financement obtenu doit accélérer le développement technologique et élargir le réseau d’assureurs partenaires.
L’assurance numérique avec Myka, un levier de l’inclusion financière
La startup n’est pas seule sur ce terrain. D’autres acteurs comme Curacel ou Casava ont déjà tenté de combler ce déficit d’accès. Mais l’entrée de Sim Shagaya confère à Myka une crédibilité opérationnelle rare dans un secteur peu habitué aux entrepreneurs technologiques de cette envergure.
Ce financement envoie aussi un signal fort aux investisseurs : l’assurance numérique au Nigeria représente un gisement inexploité, à la croisée de la demande sociale et du cadre réglementaire désormais favorable. Les millions de Nigérians sans couverture constituent, pour les startups comme Myka, un marché potentiel considérable et pour les populations, une opportunité d’accéder enfin à une protection financière de base.
Pour l’heure, Myka reste en phase de lancement. Son vrai test sera de transformer l’accessibilité technique en adoption réelle, dans un pays où la méfiance envers l’assurance reste ancrée dans les comportements.